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"Je préfère peindre des yeux humains plutôt que des cathédrales
l’âme d’un être humain - même les yeux d’un pitoyable gueux
ou d’une fille du trottoir sont plus intéressants à mes yeux."
Gustave Courbet

L’origine du monde

Oeuvres correspondantes

Regard sur un coup d’oeil - là bas si j’y suis - france inter


La commande de L’Origine du monde est attribuée à Khalil-Bey, un diplomate turc, ancien ambassadeur de l’Empire ottoman à Athènes et Saint-Pétersbourg fraîchement installé à Paris. Présenté par Sainte-Beuve à Courbet, il commanda une toile à ce dernier pour sa collection personnelle de tableaux érotiques. Celle-ci comptait entre autres Le Bain turc d’Ingres et Le Sommeil, un autre tableau de Courbet connu aussi sous le nom Les Dormeuses.

Khalil-Bey fut ruiné par ses dettes de jeu et l’on connait peu les propriétaires suivants du tableau. En 1868, lors de la vente de la collection Khalil-Bey, l’antiquaire Antoine de la Narde en fit l’acquisition. Edmond de Goncourt le vit ensuite chez un antiquaire en 1889, caché par un panneau peint d’un paysage enneigé représentant un château ou une église. Selon Robert Fernier, le baron François de Hatvany l’acheta à la galerie Bernheim-Jeune en 1910 pour l’emporter à Budapest où ce collectionneur hongrois le conserva jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Le dernier propriétaire du tableau fut Jacques Lacan. Avec l’actrice Sylvia Bataille, il en fit l’acquisition en 1955 pour l’installer dans sa maison de campagne de Guitrancourt. Le psychanalyste demanda à André Masson, son beau-frère, de construire un cadre à double fond et de peindre une autre œuvre par-dessus. Celui-ci réalisa une version surréaliste de L’Origine du monde, beaucoup plus suggérée. Le public new-yorkais eut toutefois l’occasion unique d’admirer L’Origine du monde en 1988 lors de l’exposition Courbet Reconsidered au Brooklyn Museum. Après la mort de Lacan en 1981, le ministère de l’économie et des finances accepta que les droits de succession de la famille soient réglés par dation en lieu de l’œuvre au musée d’Orsay en 1995.

L’impact du réalisme
L’Origine du monde surgit dans une période de remise en question des valeurs morales. Le tableau eut un impact à la fois artistique et social, qui perdure de nos jours.

Une œuvre provocatrice
Le XIXe siècle connut dans la représentation du nu les prémices d’une révolution picturale dont les acteurs principaux furent Courbet et Manet. Courbet rejetait la peinture académique et ses nus lisses, idéalisés, mais s’attaquait aussi directement à la bienséance hypocrite du Second Empire, où l’érotisme voire la pornographie étaient tolérés lorsqu’il s’agissait de peinture mythologique ou onirique.

Le réalisme de Courbet, qui se targua plus tard de n’avoir jamais menti dans sa peinture, repoussait toujours plus loin les limites du présentable. Avec L’Origine du monde, il exhiba en quelque sorte la partie cachée de l’Olympia de Manet. Maxime du Camp, dans une sévère diatribe, relata sa visite chez le commanditaire de l’œuvre et sa vision d’un tableau « donnant le dernier mot du réalisme ».

Une influence encore actuelle
En 1989, la plasticienne Orlan s’en inspire pour réaliser L’Origine de la guerre, le pendant masculin et phallique du tableau de Courbet en un geste empreint de féminisme.

En France, en février 1994, en raison de la couverture du roman Adorations perpétuelles de Jacques Henric, reproduisant L’Origine du monde, la police visita plusieurs librairies pour faire retirer le livre des vitrines. Certaines comme la librairie Rome à Clermont-Ferrand le maintinrent en vitrine mais Les Sandales d’Empédocle à Besançon le retirèrent, et certaines librairies le firent d’elles-mêmes. L’auteur se désola de ces évènements : « Il y a quelques années, les libraires étaient des contre-pouvoirs. Lorsque le ministère de l’intérieur, en 1970, avait interdit le livre de Pierre Guyotat, Eden, Eden, Eden, les librairies avaient été des lieux de résistance. Aujourd’hui, elles devancent la censure… ».

Bien que la moralité et les interdits qu’elle dicte aient évolué depuis Courbet, notamment grâce à la photographie et au cinéma, le tableau est resté provocateur, en témoigne l’événement qu’a représenté son entrée au musée d’Orsay. Un gardien fut même affecté en permanence à la surveillance de cette seule pièce, pour observer les réactions du public.


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