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"Aux hommes et aux femmes aimant à rire
et sachant regarder les choses du bon côté"
Giorgio Zorzi Baffo

Giorgio Baffo & Venise

intoduction

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extait de "Là-bas si j’y suis" France inter.

Dans Les Diables amoureux, Guillaume Apollinaire présente le poète vénitien, contemporain de Casanova : " Baffo, ce fameux vérolé, surnommé l’obscène, que l’on peut regarder comme le plus grand poète priapique qui ait jamais existé et en même temps comme l’un des poètes les plus lyriques du XVIIIe siècle, écrivait dans ce patois vénitien qu’ont illustré un grand nombre d’ouvrages remarquables dans tous les genres."


Giorgio Baffo naquit à Venise en 1694 et y mourut en 1768, âgé de soixante-quatorze ans. Il était le dernier représentant d’une vieille famille patricienne qui avait fourni une sultane aux Ottomans. (...) Les poèmes de Baffo ne parurent pas de son vivant. Trois ans après sa mort, ses amis firent paraître un recueil qui contenait près de deux cent pièces.

Fils du valeureux Sopracomito de Galère Ludovico Baffo qui mena des actions hardies contre les Turcs en 1650 et qui participa à la bataille des Dardanelles (1694) et à la victoire de Scio, Zorzi Baffo s’illustrera par ses Œuvres Erotiques.

Ses écrits au service de la conquête amoureuse le rapprochent plutôt d’une femme de sa famille qui avait été capturée en mer par les Turcs : les parents furent vendus comme esclaves et la fille fut envoyée au harem.

Elle devint l’épouse du Sultan Amurat III et en 1568, elle fut la mère du futur Mahomet III. Elle exerça une longue domination sous les règnes de son mari et de son fils. Elle avait peut-être bénéficié de la protection reconnaissante de Marie Madeleine, en l’honneur de laquelle la famille Baffo avait édifié l’église de San Maria Maddelena en 1222 !

Baffo citait volontiers le pouvoir et les dons érotiques de cette parente, qui les avait sans aucun doute transmis à ses illustres descendants…

Baffo Auteur d’Ecrits "Satyriques" pleins de malice Baffo fut un poète philosophe qui dédia ses écrits “aux hommes et aux femmes aimant à rire et sachant regarder les choses du bon côté” et “on n’y trouve ni critiques ni offenses contre les personnes, il n’y est question ni de Dieu, ni des Rois”.

En bon Vénitien, Baffo ne parlait ni de politique ni de religion mais que “de choses belles et délicieuses”, c’est-à-dire de seins, de bouches, de fesses et de sexes féminins et masculins.

Et il précisait qu’il écrivait “des sonnets pleins d’amourettes, contées naturellement et sans ambages”.

Comme Rousseau, Baffo constate que l’éloignement de la Nature est la cause de tous les maux : la religion, et la propriété privée appelée contrat de mariage, ont ôté à l’homme sa liberté d’aimer qui il voulait quand il voulait. Le bonheur selon la Nature, c’est le plaisir sexuel, la satisfaction du désir qui ne supporte aucune limitation et qui finit toujours par triompher des interdits et des préjugés.

Mais Baffo peignait les rapports entre les deux sexes sous la lumière la plus crue, dans la langue populaire la plus audacieuse et la plus choquante, servie par l’humour d’un homme des lumières qui traque la vérité avec la lucidité du logicien.

Le désir sexuel est illimité : il veut toutes les femelles. Mais si le rut animal est saisonnier, chez l’homme par contre, il a l’avantage de durer toute l’année : tel est son privilège (selon Baffo). Et la pauvre raison humaine n’est que la servante de la passion amoureuse : les savants, les religieux, les magistrats et les sages y sont tout autant soumis que les ignorants.

Le plus grand privilège de l’homme n’est donc pas la Pensée mais le Désir, le désir à l’état brut suscité par la vision du sexe féminin, d’où naissent tous les Hommes et partant, toutes les sociétés et leur Histoire. L’Origine du Monde, c’est le sexe féminin !

L’Eternel Retour selon Baffo : l’Homme sort du sexe féminin et retourne au sexe féminin.

Ses réflexions insistent sur la vanité des richesses matérielles qui en réalité ne servent qu’à assouvir le désir sexuel, qui les dilapide par des dépenses en cadeaux pour le beau sexe. De même, les précieuses valeurs morales sont abolies lorsque l’homme avoue franchement ses phantasmes sexuels…

Tel est le pouvoir du sexe, le sexe origine et cause finale des actions humaines.

les rapports amoureux n’entraînent pas que la faillite financière. Ils apportent également les ennuis sanitaires, et la souffrance qui les accompagne… et voici tout un échange de billets amoureux plutôt aigres que doux entre les deux sexes qui se reprochent réciproquement de se jouer de sales tours, et qui se promettent de ne plus avoir affaire l’un avec l’autre.

Mais la guérison suffit pour que tout recommence entre eux, et le sexe masculin de remarquer que, si les femmes se soucient autant de leur beauté et de leur toilette, c’est pour attirer les hommes et leur plaire ; en fait elles poursuivent, à leur façon, les mêmes buts qu’eux !

Tout ceci pour essayer de vous donner une idée des écrits érotiques d’un Vénitien qui a connu l’incroyable liberté de mœurs de la Venise du XVIIIème siècle, et les plaisirs dont jouirent ses contemporains : Goldoni, Da Ponte, Casanova et sa mère comédienne dont il était un ami.

Bien entendu, Baffo n’avait pas publié sous son nom ses Œuvres Érotiques par crainte des Inquisiteurs de la République. Mais ses compositions circulaient anonymement et ses écrits étaient connus et déclamés dans les cafés et les bars à vin de Venise…

Baffo au double visage : l’homme amoral et le magistrat Giorgio (ou Zorzi) Baffo appartenait à une ancienne famille patricienne. Les Baffo, venus de Parme à Mestre, s’installèrent à Venise dès l’an 827. Ils faisaient partie des soixante-quatre familles qui appartenaient à l’ordre des Quarantie avant 1297.

Les Quarantie étaient composées de trois sections de quarante magistrats chacune, ce qui faisait un total de cent vingt membres qui étaient tous nobles. Le Grand Conseil était présidé par le Doge et ses six conseillers et par les trois chefs des Quarantie.

Giorgio Baffo était membre de droit du gouvernement de Venise. Il fut rapidement nommé à des postes sur "la terre ferme" pour parfaire ses connaissances et son éducation politique.

En 1720, il est élu pour exercer une charge au sein de la magistrature urbaine de Venise qui s’occupait de l’approvisionnement.

En 1732, il entre à la Quarantia Criminale par trente et une voix contre cinq. Ce score laisse supposer le sérieux et l’importance de Baffo, car la Criminelle était la section la plus prestigieuse des Quarantie : non seulement elle traitait des affaires criminelles, mais elle surveillait aussi les comptables de la Sérénissime.

Giorgio Baffo exercera à la Quarantia Criminale jusqu’à sa mort en 1768.

Gamba signale qu’il y a dans les bibliothèques de Venise beaucoup de poèmes de Baffo : " Mais, ajoute Gamba, tous du même calibre. Il n’y a pas d’écrit de Giorgio Baffo qui ne soit licencieux. " Ce poète qui fit souvent songer à Horace avait avant tout du bon sens, et la raison ne gênait point son lyrisme(...) »