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"L’acte de la peinture, le "fait pictural", c’est lorsque la forme est mise en rapport avec une force. Or les forces, c’est pas visible. Peindre des forces, en effet, c’est ça, le "fait"."
Gilles Deleuze

"La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements.
C’est un instrument de guerre offensive contre l’ennemi.

Pablo Picasso

Gilles Deleuze : contre la bêtise

extrait de l’abécédaire

L’abécédaire.
Gilles Deleuze ne voulait pas d’un film sur lui mais il avait accepté l’idée en 1987, d’un film avec lui, et avec Claire Parnet qui fut son élève : c’est un abécédaire dont chaque lettre renvoie à un mot, de A comme Animal à Z comme Zigzag.
Existe-t-il un lien entre Spinoza et Minnelli ? Entre Marcel Proust et Francis bacon ? Entre les poux et la culture ?
Si pour lui faire de la philosophie c’est créer des concepts, il y a bien aussi une vie propre du philosophe.
L’abécédaire nous montre l’expérience d’une pensée à l’œuvre, d’une parole qui fit dire à Michel Foucault :
« Un fulguration s’est produite, qui portera le nom de Deleuze… »


Deleuze contre la bêtise

Par Raphaël Enthoven
avec François Zourabichvili, philosophe, Maître de conférences à l’université Paul Valéry de Montpellier

Le philosophe qui, comme Deleuze, parle de la bêtise est toujours un peu suspect de s’exclure du discours qu’il tient. « Pour qui se prend-il ? » pense-t-on. Comme si, parlant des imbéciles, on ne parlait, pour une fois, pas de soi… Comme si la bêtise faisait exception à la règle selon laquelle, quoi qu’on dise, on ne parle jamais que de soi. Mais comment la bêtise ferait-elle exception à la règle où elle trouve justement sa source ?

La bêtise est la partie de nous-même qui, regardant l’autre comme un miroir - concave ou convexe -, traverse le monde en y cherchant son pareil, son alter ego, son frère, son ombre ou son reflet.
La bêtise, c’est la réduction du monde au « Moi », de l’autre au même, de la différence à l’identité. Telle la pensée unique, la bêtise choisit de reconnaître, plutôt que de rencontrer. Elle est le contraire de l’exception, l’amie de l’ordinaire, l’antithèse du singulier, l’ennemie de la différence…
Comme dit Desproges : « l’ennemi est con. Il croit que c’est nous, l’ennemi, alors qu’en fait, c’est lui ! »
La bêtise vous noie dans un groupe où plus rien ne vous distingue et où c’est le courant qui vous porte. Elle surfe sur la vague, elle se répand sur les ondes, elle est affable, accueillante, hospitalière. À la bêtise, tout le monde se retrouve : c’est le lieu commun.
On la reconnaît chez les donneurs de leçons dont la conduite contredit les paroles, chez les imprécateurs athées qui croient que Dieu c’est le Diable, ou encore chez les hédonistes fervents qui jouissent non pas pour être heureux, mais pour oublier qu’ils ne le sont pas… Mais on la reconnaît aussi chez ceux qui croient la reconnaître et se donnent le beau rôle, à la façon dont l’hypocondriaque fait graver sur sa tombe « je vous l’avais bien dit. »

Bref, la bêtise a toujours le dernier mot. La bêtise a toujours raison.

Lecture des extraits de Différence et Répétition
par Anne Brissier et Georges Claisse


en écho
"Pourquoi la débilité des débiles est-elle devenue un fait de culture, alors que le fait bien plus épouvantable de la bêtise ordinaire ne bouleverse personne ?" Jean Baudrillard - Extrait de Cool Memories - 1980-1985