image

Nelson Goodman : La fabrique des mondes

courte introduction

La notion de monde est sans doute l’une des plus communes.
Chacun peut sentir, deviner, comprendre qu’il vit dans un monde, celui du milieu restreint à la mondanité sociale ou celui plus global de la mondialité.

Nombre de philosophes ont voulu montrer le dévoilement du monde par la conscience qui découvre en lui son être. Mais ne pourrions-nous pas briser cette évidence en affirmant non plus que le monde "est" mais qu’il se fabrique et qu’il existe de multiples façons de faire des mondes ?

Le philosophe américain Nelson Goodman a suggéré que le monde s’appréhende comme un ensemble de mots et de symboles parmi d’autres versions possibles. Au lieu d’être un donné, le monde présente une construction, ou plutôt une perpétuelle reconstruction au gré de la culture et de l’histoire des humains.

Parmi eux, les philosophes, les scientifiques et les artistes procèdent activement à sa "reconception".

Les vendredis de la philosophie - France Culture
par François Noudelmann

Invités

Jacques Morizot professeur à l’université d’Aix-Marseille, auteur de "La Philosophie de l’art de Nelson Goodman", Jacqueline Chambon 1996.

Roger Pouivet professeur à l’université de Nancy 2, auteur de "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art", Vrin 2007 et "Lire Goodman", éd. de l’Eclat 1992

Antonia Soulez professeur à l’université de Paris 8. "Wittgenstein et le tournant grammatical", PUF 2004


Pour entendre Roger Pouivet professeur à l’université de Nancy 2
auteur de "Qu’est-ce qu’une œuvre d’art", Vrin 2007
et "Lire Goodman", éd. de l’Eclat 1992


Manières de faire des mondes

Les extraits qui suivent illustrent la pensée de N. Goodman, philosophe américain représentatif d’un courant qui se démarque du réalisme et de l’idéalisme partagés par maints scientifiques, dont A. Einstein.

« Quoi qu’on ait à décrire, on est limité par les manières de décrire. A proprement parler, notre univers consiste en ces manières plutôt qu’en un monde ou des mondes. » (p.11)

« Pour autant qu’on peut parler de déterminer comme correctes les versions qui « nous apprennent quelque chose sur le monde » - « le monde » étant, suppose-t-on, celui que toutes les versions correctes décrivent -, tout ce que nous apprenons du monde est contenu dans les versions correctes élaborées à son sujet ; et pour autant que le monde sous-jacent, dépouillé de ces versions, n’a pas besoin d’être nié pour ceux qui l’aiment, il est peut-être après tout un monde bien perdu. A certains égards, nous pourrions définir une relation qui classerait les versions en des groupes tels que chacun constituerait un monde et dont les éléments seraient des versions de ce monde ; mais à de nombreux égards aussi, les descriptions correctes du monde, les dépictions du monde, les perceptions du monde, les-manières-dont-le-monde-est, ou seulement les versions, peuvent être traitées comme nos mondes. » (p.12)

« Alors que concevoir sans percevoir est simplement vide, percevoir sans concevoir est aveugle (totalement non opératoire). » (p.14)

« Pour construire le monde comme nous savons le faire, on démarre toujours avec des mondes déjà à disposition ; faire, c’est refaire. » (p.15)

« Loin d’être un maître solennel et sévère, la vérité est un serviteur docile et obéissant. Le scientifique s’abuse lui-même quand il suppose qu’il est un esprit uniquement voué à la recherche de la vérité. Il ne s’intéresse pas aux vérités triviales qu’il pourrait ressasser sans fin, mais s’occupe de résultats d’observations irréguliers et à facettes multiples, qui ne lui fourniront pas plus que des suggestions pour des structures globales et des généralisations significatives. Il recherche le système, la simplicité et la portée ; et quand il est satisfait sur ces rubriques, il taille la vérité à leur mesure. Il décrète autant qu’il découvre les lois qu’il établit, il dessine autant qu’il discerne les modèles qu’il définit. » (p.27)

« Si, en outre, les mondes sont autant faits que trouvés, alors connaître c’est autant refaire que rendre compte… Découvrir des lois implique de les rédiger. » (p32)


des livres à découvrir

Jacques Morizot
Qu’est-ce qu’une image ?
Vrin, coll.Chemins philosophiques - 2005

Devant une image ordinaire, nous sommes spontanément capables d’appréhender son contenu représentationnel. Quelles propriétés de l’image et quelles attitudes du spectateur permettent-elles d’atteindre ce résultat.
- Note de l’éditeur -