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"L’art est la magie délivrée du mensonge d’être vrai."
Theodor W. Adorno - Extrait de Minima moralia

Adorno : à l’écoute de l’oeuvre

Les vendredis de la philosophie
Par Marc-Hubert Floriot - Réalisation : Dominique Briffaut

Première partie : "L’industrie culturelle" - (Archives INA : "L’homme dans un monde en pleine évolution" - Université Radiophonique Internationale - 21 et 28/09/1963)

Deuxième partie : "L’art et les arts" - (Archives INA : "L’art dans la société d’aujourd’hui" - Rencontres Internationales de Genève ; RSR - 23/12/1967)

A l’occasion de la parution de "Etudes sur la personnalité autoritaire" (Ed. Allia - janvier 2007), François Noudelmann avait proposé, dans son émission du 20 avril dernier, une présentation de l’analyse sociologique que Theodor Adorno avait développée aux Etats-Unis, analyse d’enquêtes qui permettaient d’identifier parmi les populations des comportements et des types autoritaires qui se construisent au travers des représentations morales, politiques et religieuses.

"Le constat d’Adorno est inquiétant en ce qu’il montre la faible résistance des individus à la tentation fasciste", prévenait François Noudelmann. Le débat (avec Hélène Frappat, écrivaine et traductrice ; Marc Jimenez, professeur à l’université de Paris I ; Gilles Moutot, professeur de philosophie à Montpellier) a souligné combien ces "Etudes" permettent de comprendre "comment le pire peut s’emparer insidieusement des esprits".

Un extrait d’une minute d’un enregistrement rare de T.W. Adorno y a été donné en illustration. Il est proposé ici in extenso.

Gilles Moutot en avait livré à chaud le commentaire suivant : "L’art pour Adorno est ce qui, à l’intérieur de la civilisation et dans un monde rationnalisé et administré, conserve la positivité d’une expérience où on peut en quelque sorte se déprendre de soi en cherchant à s’identifier à l’œuvre - expérience d’une déprise qui échappe à la manipulation de l’industrie culturelle, de la projection sur le chef ou sur l’autre (l’autre en général et, en général, pour le rejeter) - expérience où l’on parvient à se modifier soi-même."

Dans les dernières années de sa vie, Théodor Adorno convoque les correspondances entre les arts et ouvre la voie à une théorie de l’"écoute" de l’œuvre d’art. Il multiplie les conférences sur les conditions de possibilité d’une théorie esthétique : "Ce qui en général et sans phraséologie pouvait se nommer culturel voulait, en tant qu’expression de la souffrance et de la contradiction, fixer l’idée d’une vie véritable - mais ne voulait pas représenter comme étant vie véritable le simple être-là et les catégories conventionnelles et périmées de l’ordre dont l’industrie culturelle l’affuble."

Le texte de la conférence "L’art et les arts" a été co-traduit par Jean Lauxerrois et Peter Szendy, éditions Desclée de Brouwer, Coll. Arts et esthétique, Paris, janvier 2002.


pour sourire :

Depuis quelques jours, on sentait dans les rues une atmosphère particulière, emprise de fébrilité et d’exaltation. L’une des grandes fêtes de l’année -à vrai dire la plus populaire- se déroulerait dans trois jours. La fête de la protestation était une grande tradition remontant à plusieurs années, et à laquelle collaborait toute la population. Organisée conjointement par le ministère de l’histoire et celui de l’information, elle consistait en une série de manifestations se déroulant sur une semaine, au cours desquelles la population dénonçait les ennemis de la vérité, ceux-là même qui lui étaient désignés. Le dernier jour en était l’apothéose, avec le défilé des étudiants, d’une grande spontanéité, et à laquelle assistait l’ensemble du Cabinet.

Comme tous les ans, un concours de slogans avait été organisé. Un comité avait sélectionné le gratin, parmi lequel les étudiants devaient désigner leur préféré. Cette année, le vote retenu avait été du plus haut niveau : "Adorno, tête de veau".

Charles Ives (1874-1954) : New England Holidays, 4th of July