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"La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit."
Louis-Ferdinand Céline - Extrait du Voyage au bout de la nuit

"les lumières" de la nuit

"La nuit n’est peut-être que la paupière du jour."
Omar Khayyâm

La leçon des ténèbres.

Quand la nuit étend son domaine, elle nous fait entrer dans une dimension d’infini qui estompe les reliefs et les accidents du jour et nous place à hauteur de ciel dans le voisinage des étoiles mais nous livre aussi au colloque des fantômes et des ombres. Cette nature agonique de la nuit, que redoutent les grands malades comme une traversée sans amers et sans fin, elle illustre son ambivalence essentielle de même que sa profonde permanence à travers les âges et les lieux. « Ô Nuit, tu es la nuit » disait Péguy pour désigner cet éternel recommencement de l’origine. Nuit du chaos primordial, nuit des initiations chamaniques ou des alchimistes, mais aussi des poètes, des mystiques ou des peintres.


l’émission - Les chemins de la connaissance - france inter - par Jacques Munier

"Telle cette lumière dans l’esprit
Qui brille quand on quitte, de nuit, sa chambre,
Une lampe cachée contre son coeur,
Pour retrouver une autre ombre dansante."

Yves Bonnefoy - Extrait de Les Planches courbes


Baldine Saint-Girons Professeur à l’université de Paris X-Nanterre, Baldine Saint-Girons est spécialiste de philosophie du XVIIIe siècle, de philosophie de l’art et d’esthétique. Elle a centré ses recherches sur le sublime. Son ouvrage, Fiat lux - Une philosophie du sublime, a reçu le prix international d’esthétique Morpurgo-Tagliabue. Elle a également publié Les marges de la nuit : pour une autre histoire de la peinture (Amateur, 2006)


livre à découvrir

Baldine Saint-Girons Les marges de la nuit pour une autre histoire de la peinture - 2006

Contrairement à certaines idées reçues, la nuit ne fait pas de nous des aveugles, n’est pas la simple absence du jour et n’occupe pas une position anecdotique dans la peinture. Elle ouvre d’abord une vision marginale, invente un chromatisme inédit et favorise, par les rêves et les fantasmes, une véritable « voyance » intérieure et imaginative. C’est ensuite une véritable puissance qui ne se contente pas de modifier les conditions d’exercice de notre vision, mais nous fait tressaillir et vibrer de concert avec elle. La nuit renverse, enfin, l’idée du « tableau » et rapatrie ce qui est localement vu dans l’immensité qui l’englobe. Une autre histoire de la peinture est possible à partir d’elle : une histoire délivrée du souci premier de la figurativité et de la perspective. Mais s’interroger sur ce que fait la peinture est inévitablement s’interroger sur ce que fait la pensée. La nuit nous rend spontanément métaphysiciens en s’imposant paradoxalement à la fois comme principe de réalité et comme principe de fiction : présence tactile qui nous pénètre et présence fantastique qui déploie songes et illusions. Pourvoyeuse d’espaces, la nuit se déplace entre les extrêmes du ciel et des Enfers, du perceptible et de l’imperceptible. Accepter alors de nous y perdre et d’aller à sa rencontre, c’est aussi tenter d’assumer notre destinée, individuelle et collective.
 présentation de l’éditeur-

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