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"Celui qui se réclame de l’autorité ne met pas en oeuvre l’intelligence, mais plutôt la mémoire."
Léonard de Vinci

Adorno (l’autoritarisme)

Peut-on expliquer l’antisémitisme ? La haine de l’étranger va-t-elle de pair avec celle de la démocratie ? Le besoin névrotique de l’autorité conduit-il à l’autoritarisme ? Bref, comment devient-on facho ? Telles sont les questions que se pose Adorno pendant les années 1940. Il s’intéresse moins à l’idéologie fasciste qu’à la personnalité autoritaire. Le philosophe, exilé aux États-Unis, observe en effet le syndrome par lequel un sujet manifeste socialement ses pulsions destructrices, sa peur de l’étranger, son repli sécuritaire dans les préjugés. La psychanalyse apporte des réponses sur les ressorts paranoïaques d’une telle pathologie, mais Adorno développe plutôt une analyse sociologique afin d’identifier parmi les populations des comportements et des types autoritaires qui se construisent au travers des représentations morales, politiques et religieuses. Le constat est inquiétant car il montre la faible résistance des individus à la tentation fasciste. Toutefois il donne aussi à comprendre, de manière très actuelle, comment le pire s’installe insidieusement dans les esprits.

l’émission Les vendredis de la philosophie - par François Noudelmann

Invités

Hélène Frappat. écrivaine et traductrice

Marc Jimenez. professeur à l’université de Paris I

Gilles Moutot. professeur de philosophie à Montpellier


livres à découvrir

Théodor Wiesengrund Adorno Etudes sur la personnalité autoritaire Allia - janvier 2007

L’auteur formule l’hypothèse que les convictions politiques, économiques et sociales d’un individu forment un modèle cohérent, reliées entre elles par une mentalité qui est l’expression profonde de sa personnalité. En 1950, s’appuyant sur des sondages, il dresse un tableau de la société américaine qui cache, derrière son apparente rationalité, beaucoup de préjugés et de stéréotypes.

traduit de l’anglais par Hélène Frappat

Théodor Wiesengrund Adorno Métaphysique : concepts et problèmes Payot - 2006

Métaphysique. Concept et problèmes est le premier cours d’Adorno à être publié en France. Au début des années 1960, Adorno, professeur « dissonant » mais très écouté, a fait du travail préparatoire à Dialectique négative (1966) le contenu de son enseignement à l’Université de Francfort. L’unité de cet enseignement tient au fait que la métaphysique, dont Adorno se demande si elle est encore possible après Auschwitz, est celle issue d’Aristote.

Aux yeux d’Adorno, la métaphysique est le scandale de la philosophie : elle est sa principale raison d’être et pourtant la philosophie s’avère incapable de la définir. Dans ce dialogue avec Aristote, il assigne à la métaphysique les concepts comme objet. Il perçoit cette dernière sous forme d’un double « geste » : elle est à la fois critique et sauvetage, et à ce titre, a assuré, au moins jusqu’à Auschwitz, la continuité de la culture.

« L’époque n’est pas à la formulation d’une philosophie première, mais d’une philosophie dernière », déclare Adorno. Dans un contexte déterminé à la fois par les camps d’extermination, la bombe atomique et la question de la « fin de la philosophie », Adorno voit dans une nouvelle approche métaphysique, dans la tentative pour penser ce qu’est devenu notre monde, une chance de sauver celui-ci. De là l’invitation à se mettre au travail « sans lampe en s’immergeant profondément dans l’obscurité ». Sans lampe ? Entendons : à la lueur de la seule métaphysique devenue l’Aufklärung du « monde administré », face à l’alternative, catastrophe ou utopie.

Aussi loin de l’affirmation d’une résurrection de la métaphysique que du projet heideggerien de son dépassement, il importe à Adorno de tenter l’expérience d’une « minima metaphysica ».
 4ème de couverture-

édité et traduit de l’allemand par Christophe David