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"Avec le talent, on fait ce qu’on veut.
Avec le génie, on fait ce qu’on peut."

Jean-Auguste Ingres

Jean-Auguste Ingres

« L’expression en peinture exige une très grande science du dessin ; car l’expression ne peut être bonne si elle n’a été formulée avec justesse absolue. Ne la saisir qu’à peu près, c’est la manquer ; c’est ne représenter que des gens faux qui s’étudieraient à contrefaire des sentiments qu’ils n’éprouvent pas. On ne peut parvenir à cette extrême précision que par le plus sûr talent dans le dessin. Aussi les peintres d’expression, parmi les modernes, ont-ils été les plus grands dessinateurs. Voyez Raphaël ! »

Extrait de "Une vie, une oeuvre" - par Simone Douek - Réalisation : Dominique Costa - France Culture

avec

Florence Viguier. conservatrice du musée Ingres de Montauban

Daniel Ternois. professeur d’histoire de l’art, auteur de nombreux ouvrages sur Ingres

Emmanuel Schwartz. conservateur à l’École nationale des Beaux- Arts

Adrien Goetz. auteur de La Dormeuse de Naples et de Ingres, collages, éd. Le Passage

Sébastien Allard. conservateur au musée du Louvre

Marie-Claude Chaudonneret. chercheuse au CNRS, co-auteur avec Sébastien Allard de Ingres, la réforme des principes, éd. Fage

Ernest Pignon-Ernest.

Manuel Jover. journaliste et critique d’art

Dans ces propos adressés à ses élèves, et relevés par eux-mêmes, Ingres livre deux de ses passions : celle pour Raphaël, qui a toujours été un maître pour lui, et celle pour le dessin, dont témoigne l’énorme collection rassemblée au musée de Montauban, plus de 4500 dessins d’atelier qu’il a lui même légués au musée de sa ville natale, après les avoir soigneusement classés.
C’est ainsi qu’on peut le suivre dans la lente, minutieuse, patiente, répétitive élaboration de ses tableaux. Lui qui avait tant de difficultés à vaincre ses maladresses d’expression, à écrire dans une langue maîtrisée (ce qui ne l’a pas empêché d’avoir une correspondance très abondante, précieuse pour nous renseigner sur l’évolution de son œuvre), avait développé une extraordinaire grammaire de l’expression picturale avec ces multiples études à la mine de plomb, à la plume, à l’aquarelle ou même à l’huile.

Il avait quitté l’école très tôt, à 11 ans, mais son père, peintre lui-même, l’avait dirigé vers des études artistiques ; dès 1792, il entra à l’Académie royale de Toulouse, puis en 1797 il rejoignit l’atelier de David. Ici s’ouvrait la voie du néo-classisisme, et aussi de l’archaïsme. À partir de ce moment, Ingres affirme qu’il faut réformer la peinture, et qu’il veut être « ce révolutionnaire-là ». Il cultive l’originalité et la modernité, alors qu’il n’est ni suivi ni compris par ses contemporains, tout au moins pendant une bonne partie de sa vie. Lui qui rêve de reconnaissance et de notoriété, il va d’échecs en déceptions, âprement critiqué dans les salons officiels, jusqu’à ce que l’année 1824 (il a déjà 44 ans) lui apporte enfin les honneurs et la gloire, pour son Vœu de Louis XIII, commande qui lui avait été faite pour l’église de Montauban où l’œuvre est toujours conservée.

À nous aujourd’hui de rechercher son originalité, sa modernité, sa manière à lui de se démarquer de ses contemporains, de s’opposer aux chantres de la couleur et du romantisme comme Delacroix.

À nous de trouver Ingres secret, tout au fond de ses œuvres et de ses laboratoires, dans les courbes de ses odalisques et de ses baigneuses, dans la transparence de leurs peaux, dans les scènes mythologiques ou historiques, dans les portraits exécutés par celui qui se voulait avant tout un grand peintre d’histoire.