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1998 - Musées, grandeurs et chimères

L’apparition de Séroux aux cimaises est relativement récente. Ce jeune peintre bruxellois s’était distingué lors d’un concours organisé par le commune de Woluwé. Dans le fatras des envois qui sont la loi du genre et qui oscillent entre une abstraction usée jusqu’à la corde, le barbouillage pur simple, et les velléités post-conceptuelles, son approche de la peinture avait fait quasi l’unanimité du jury.

Au moins, Séroux tranche sur l’offre générale avec un métier accompli qui s’attache à peindre des intérieurs de musées tirés au cordeau, toiles très construites et hyperfiguratives où les cimaise sont prétexte à des plans strictes sont l’absolue lisibilité recèle évidemment des intentions cachées. Les figures qui habitent ces espaces, simples visiteurs penchées sur des chefs-d’œuvre, ont moins un caractère anecdotique qu’ils ne sont les faire-valoir de lieux et pratiques culturelles somme toute assez étranges.

Les musées, leurs usagers, leurs équipements pédagogiques, la peinture, son pouvoir, ses limites imposées par le cadre mais aussi par la vie, bref l’art en converse, le sujet, après tout, en vaut bien un autre. Sans aller jusqu’à dire qu’une réflexion philosophique étoffe ces espaces, il est évident que des images séduisantes et qu’elles se démarquent totalement de l’hyperréalisme auquel on serait peut être tenté de les ramener. De même, il est évident que Séroux est un vrai peintre. En fait, rien de moins photographique et de plus décalé que ces compositions qui cadrent des .. cadres et décomposent en pans bien droits et bien propres notre rapport à l’art.

Observation par le petit bout de la lorgnette qui ne tombe pas dans le piège de la dérision mais ne va pas non plus sans ironie, notamment vis-à-vis de l’art construit, confusion entretenue entre le contenant et le contenu, effet de miroir, ils suscitent un léger vertige qui s’accroît au fur et à mesure que l’artiste fait du chemin et mesure les dangers d’une peinture trop systématique. Les espaces gigognes, les emboîtages servis par une palette riche et un réel plaisir de peindre, les plans abstraits contribuent de plus en plus à refouler le premier degré dans les marges d’un propos plus large qui fait des consommateurs de cimaises d’impénitents coureurs de chimères.

Danièle Gillemon

Le Soir | février 1998