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Un grain de sagesse achève un fou parfait.
John Donne

Le monstrueux


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Les vendredis de la philosophie - France Culture - Par François Noudelmann - Réalisation : Clotilde Pivin

Voici un homme à deux têtes, un homme qui porte, sortant du thorax l’énorme appendice d’un frère régressé aux membres atrophiés, un enfant cyclope sans nez et privé de cerveau... L’énumération pourrait continuer ainsi longtemps si l’on n’éprouvait très vite une sorte de dégoût. Mais pourquoi un tel trouble ? Comment peut-on appeler monstre un être qui naît du ventre d’une femme ?

En nous confrontant aux limites de notre tolérance, la grande difformité physique nous révèle nos craintes liées au corps mutilé, dégradé, régressé, non viable. Elle suscite des peurs irrationnelles de contamination et des fantasmes de métamorphose, mais aussi des angoisses rationnelles en touchant à la fragilité de l’organisme et au vécu intérieur du corps.

À partir d’une analyse de la perception courante du corps gravement handicapé, de l’étude des exhibitions des monstres au XIXe siècle et de l’histoire de la tératologie scientifique marquée en France par Étienne et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Camille Dareste et Étienne Wolff, Pierre Ancet s’efforce de comprendre ce qui se produit en nous face au corps difforme d’un individu, et nous pousse à penser de lui : « c’est un monstre ».

Invités

Pierre Ancet. Maître de conférences en philosophie à l’université de Bourgogne

Gilbert Lascault. Professeur émérite de philosophie de l’art à l’université de Paris 1

Pierre Péju. philosophe et écrivain


des livres à découvrir


Pierre Ancet
Phénoménologie des corps monstrueux PUF - Novembre 2006

Voici un homme à deux têtes, un homme qui porte, sortant du thorax l’énorme appendice d’un frère régressé aux membres atrophiés, un enfant cyclope sans nez et privé de cerveau... L’énumération pourrait continuer ainsi longtemps si l’on n’éprouvait très vite une sorte de dégoût. Mais pourquoi un tel trouble ? Comment peut-on appeler monstre un être qui naît du ventre d’une femme ?

En nous confrontant aux limites de notre tolérance, la grande difformité physique nous révèle nos craintes liées au corps mutilé, dégradé, régressé, non viable. Elle suscite des peurs irrationnelles de contamination et des fantasmes de métamorphose, mais aussi des angoisses rationnelles en touchant à la fragilité de l’organisme et au vécu intérieur du corps.

À partir d’une analyse de la perception courante du corps gravement handicapé, de l’étude des exhibitions des monstres au XIXe siècle et de l’histoire de la tératologie scientifique marquée en France par Étienne et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Camille Dareste et Étienne Wolff, Pierre Ancet s’efforce de comprendre ce qui se produit en nous face au corps difforme d’un individu, et nous pousse à penser de lui : « c’est un monstre ».
- 4ème de couverture-

------------------------------------------------------------------------------- Gilbert Lascault
Le Monstre dans l’art occidental Klincksieck - 8 juin 2004

Les centaures, les cyclopes, les sirènes, les dragons, les griffons, les sphinges, des êtres hybrides, les diables disparates, des formes fluides et molles, des nains, des géants, des plantes animalisées errent en peinture et en sculpture. Ils s’agitent, agressent, parfois se calment. Chez Bosch, chez Breughel, chez Goya, dans les églises romanes et gothiques, dans les jardins de Versailles, dans les bandes dessinées et les caricatures, des monstres multiples se transforment. Ils se déplacent d’une époque à l’autre, d’un pays à l’autre. On les trouve déjà sur les parois des grottes préhistoriques et sur les tee-shirts d’aujourd’hui. Parfois, ils hurlent et, parfois, ils murmurent et se déguisent. L’humanité ne cesse jamais d’aimer les monstres et elle les trouve en des lieux différents, souvent imprévisibles. La fabrication du monstre constitue d’abord un jeu savant, une pratique combinatoire qui compose et mélange des membres d’animaux divers. Les monstres sont parfois ornementaux et décoratifs. Parfois, ils provoquent des interprétations éthiques, religieuses, alchimiques, philosophiques, politiques. Simultanément, ils fascinent ceux qui les regardent ; ils séduisent ; ils angoissent. Le monstrueux est un écart par rapport à la nature. Il se nourrit de fantasmes ; et en retour, il nourrit d’autres fantasmes nouveaux.
- Présentation de l’éditeur -