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Frida Kahlo & Diego Rivera

" Je peindrai ce portrait de Diego avec des couleurs que je ne connais pas : les mots , il sera donc pauvre. De plus, j’aime Diego de telle sorte que je ne peux pas être "spectatrice "de sa vie, je peux seulement en faire partie (...) En fin observateur, il a su mener à bien une expérience qui, alliée à la connaissance - interne, dirai-je- des choses et à son intense culture, lui permet de remonter les causes. Tel un chirurgien, il ouvre pour voir, pour découvrir au plus profond, bien caché, quelque chose de vrai, de positif, pour améliorer la condition et le fonctionnement des organismes.Voilà pourquoi Diego n’est ni défaitiste , ni triste. Il est fondalementalement un bâtisseur et, surtout, un architecte. Il est architecte dans sa peinture, dans sa façon de penser (...) Ses fondations sont la réalité. (...) En tant qu’éternel curieux, il est aussi un éternel parleur. Il peut peindre des heures et des jours sans se reposer, en conversant tout en travaillant. Sa conversation est toujours intéressante. Il a des phrases, étonnantes, parfois blessantes ou bien émouvantes, mais jamais il ne laisse à celui qui l’écoute une sensation d’inutilité ou de vide. Ses mots inquiètent tant ils sont vifs et vrais. Ses idées sont si crues qu’elles énervent ou perturbent son auditoire, car elles défient les normes de conduite préétablies ; elles déchirent l’écorce pour que naissent de nouvelles pousses. (...) Avec quelles armes peut-on se battre pour ou contre un homme qui est plus près de la réalité, plus près de la vérité ? Avec des armes morales , c’est-à-dire normées selon les convenances de telle personne ou de tel secteur humain ? Non, elles ne pourront être qu’amorales, rebelles à tout ce qui est communément admis comme bon ou mauvais. Moi - avec mon entière responsabilité-, j’estime que je ne peux être contre Diego, et si je ne suis pas une de ces meilleures alliées, je voudrais l’être. On peut déduire beaucoup de choses de ma posture dans cet essai, tout dépend de qui déduit ; mais ma vérité, la seule que je puisse fournir à propos de Diego, se trouve ici. Limpide, non mesurable sur les sincéromètres,issue de ma propre conviction, de mon expérience."

Extraits du texte publié dans le catalogue de l’exposition "Diego Rivera, cinquante ans de labeur artistique" présentée au Palais des beaux-arts de Mexico en 1949.

Frida Kahlo par Frida Kahlo présenté par Raquel Tibol
[Correspondance] Editeur : Christian Bourgois

Résumé du livre

Ce livre est un recueil de textes - principalement des lettes - signés de la main de Frida Kahlo. Car celle qui s’est inlassablement peinte, s’est aussi écrite. Réunis et classés par ordre chronologique par Raquel Tibol, ils constituent une véritable autobiographie de Frida Kahlo : ses amours, son accident, sa peinture, mais aussi son regard sur la vie politique, artistique et intellectuelle du Mexique, de 1922 (elle est alors âgée de 15 ans) à 1954 (l’ année de sa mort). Ces écrits, contrairement à ses tableaux, n’étaient pas destinés au grand public. C’est donc un regard intimiste qu’elle porte sur trente années de sa vie, s’adressant sur ce même mode à nombre de personnages publics tels que Diego Rivera bien sûr, mais aussi le compositeur Carlos Chàvez, la comédienne Dolores del Rio, Abby Rockefeller... Ces lettres permettent de retracer l’existence de Frida peintre, Frida engagée, Frida malade, Frida amoureuse des hommes mais aussi des mots... avec la douleur que cet amour suppose.