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La solitude est bonne aux grands esprits et mauvaise aux petits.
La solitude trouble les cerveaux qu’elle n’illumine pas.

Victor Hugo - Extrait de Choses vues

La solitude


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« Qui n’a jamais, une fois dans sa vie, été seul absolument, il ne saura pas ce que c’est que la nécessité de la philosophie.

Ni ce que c’est que sa force. Car au plus bas de tout, dans la solitude et le silence, dans la peur et l’obscurité, quelque chose résiste lumineusement, qui n’est plus le corps, qui n’est plus le moi ( je pourrais aussi bien être mort), mais qui est moi ( Rilke : « Il n’est qu’un seul chemin ; entre en vous-même »), dans mon corps, et qui est tout : le sentiment tranquille de l’être (donc aussi, en de certaines fins d’après-midi, l’angoisse atroce du néant), l’acceptation de la solitude, la soif renouvelée de l’amour, une certaine lenteur du temps, ou vacuité, qui donne à la mort même un goût d’indifférence ou de paix … le désespoir devient léger, si léger qu’il est proche au fond de la joie. Et d’autres jours, l’impossibilité, croit-on, de vivre. Et l’unique secours à ces moments-là, d’un livre, d’un disque, d’un stylo.

« Il faut travailler, disait Baudelaire, sinon par goût du moins par désespoir. » Et je sais peu de phrases salutaires autant que celle-là. Mais elle est fausse. Car le désespoir, pour qui le mérite, ne résiste guère au travail. Très vite, il ne reste plus que le goût. Or, ce goût, cette soif, sont d’altitude. Les chemins sont divers. Les poètes écrivent des poèmes, les philosophes relisent Spinoza, d’autres écoutent Mozart ou Bach … Heureux alors les amants réunis ! Mais enfin il s’agit de monter. C’est force-là, ascendante, cette tension du corps qui est l’âme même, elle est au cœur de la philosophie. Elle est au cœur de l’art. Elle est au cœur de l’amour vrai. Pourtant on peut vivre cent ans sans la ressentir. Elle n’est qu’au fond de soi. Encore y faut-il entrer. Elle est le prix de la solitude. »

Comte-Sponville Andre
Du corps.