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« J’ai toujours éprouvé une fascination pour l’aiguille
et son pouvoir magique. »

Louise Bourgeois

Louise Bourgeois

extraits de l’émission Peinture fraîche par Jean Daive - France Culture
avec Marie- Laure Bernadac. Commissaire de l’exposition
Jacqueline Caux. Co-auteur de "Entretiens avec Louise Bourgeois"éd.Seuil 2003
Isabelle Garron. Critique d’art

Introduction par Jean Daive

Sa vie par Marie- Laure Bernadac

La femme et l’ambivalence féminin - masculin

L’oeuvre et la voix de Louise

le sexe et la question du genre par Jacqueline Caux

l’évolution par la vie intime

les araignées et la voix de Louise

le féminisme et la voix de Louise

le fond phallique par Isabelle Garron


à Paris en ce moment jusqu’au 2 Juin

Organisée par le Centre Pompidou en collaboration avec la Tate Modern de Londres, cette exposition rétrospective de l’oeuvre de Louise Bourgeois présente plus de 200 oeuvres (peintures, sculptures, installations, dessins, gravures, objets) réalisées entre 1940 et 2007. Elle insiste particulièrement sur les dix dernières années de création de cette artiste âgée de 96 ans qui ne cesse de renouveler son langage artistique.

Née en France en 1911 et vivant à New York depuis 1938, Louise Bourgeois est une des artistes majeures de la fin du 20e et du début du 21e siècles. Traversant divers mouvements artistiques comme le surréalisme, l’expressionnisme abstrait, le minimalisme, elle développe un langage personnel qui rejoint les pratiques les plus contemporaines et exerce une grande influence sur de nombreux artistes. Son oeuvre, qui oscille entre figuration et abstraction, obéit à une logique subjective, basée sur l’émotion, la mémoire, la réactivation des souvenirs d’enfance.

Centre Pompidou
5 mars - 2 juin 2008
11h00 - 21h00


C’est à l’âge de dix ans que Louise Bourgeois fait ses premières armes de jeune artiste en aidant ses parents tapissiers à réaliser des dessins et des motifs sur les matières qu’ils travaillent. Pourtant, après l’obtention de son baccalauréat, elle se dirige vers les mathématiques supérieures et s’inscrit à la Sorbonne. Mais, très vite ennuyée par les théories, elle décide d’explorer son être intérieur. C’est aux Beaux Arts et à l’Ecole du Louvre qu’elle s’épanouit, sans demi-mesure. En 1937, elle rencontre Robert Goldwater, qui devient son mari et la conduit à New York. Au coeur de la grande pomme, elle organise sa première exposition sculpturale. Connue pour ses oeuvres en basa accueillant ses figures prises dans des cadres, Louise Bourgeois est également très à l’aise dans le travail du marbre, du plâtre, du tissu et de la broderie. En 1991 et 1995, elle réalise des installations complexes qui s’apparentent à des chambres de torture. Celles-ci suggèrent la violence ou la claustrophobie. Artiste complète, ses créations sont diverses. Toutes renvoient à des thèmes récurrents comme l’introspection, la relation à autrui, la fragmentation du corps.


Claude Lorent - La libre Belgique.

Il faut indiquer un avis de visite prioritaire à la rétrospective de l’oeuvre de Louise Bourgeois : tout d’abord parce qu’elle est exceptionnelle de qualité ; qu’elle balise l’ensemble du travail de 1938 à 2007 à travers environ 200 sculptures, dessins, installations ; parce que c’est la première du genre à proximité de la Belgique ; et surtout parce que ce serait passer à côté d’une démarche de tout premier plan. Si l’artiste fut reconnue tardivement, elle est enfin considérée comme l’une des plus singulières du XXe siècle et l’une des plus importantes.

Il est une photographie célèbre de Mapplethorpe qui évoque on ne peut guère mieux l’oeuvre et la personnalité hors normes et hors tabous de la plus américaine des artistes française, Louise Bourgeois. Le sourire quelque peu narquois, le regard vif, elle emporte sous le bras une sculpture, dira-t-on fétiche, de 1968, intitulée Fillette. Rien moins qu’un sexe masculin de grande dimension, bien en forme et avec ses attributs. L’oeuvre entière de l’artiste est effectivement sexuée traitant du rapport entre les deux sexes dans un regard féminin et même franchement féministe. Ce qui, à l’époque des premières oeuvres, était franchement audacieux pour ne pas dire inconcevable. Les premiers dessins datent en effet des années 30. Une autre oeuvre, des plus connues depuis quelques années, est probablement celle, gigantesque, montrée lors de la dernière triennale Beaufort : une araignée géante surplombant la tombe de James Ensor. Pour l’artiste, cette araignée, à nouveau présente dans l’exposition londonienne, représente la mère protectrice.

Entre ces deux oeuvres, l’une masculine, l’autre féminine, se décline une grande partie de l’oeuvre de Louise Bourgeois (Paris, 1911) c’est-à-dire entre la figure de la mère, partant de la femme ; et celle de l’homme, la figure du père étant plus précisément évoquée en une sculpture tronc, mi-humaine, mi-animale, asexuée mais flanquée de six paires de seins. Inutile de dire que la moquerie était du lot. Et l’on saisira d’emblée à travers ces exemples tout le contenu psychologique de l’ensemble d’une démarche perpétuellement en relation avec la vie quotidienne depuis l’enfance.

La plupart des oeuvres, métaphores aux références organiques évidentes, ne sont en rien ostentatoires ou visuellement provocatrices. Leur pouvoir troublant et leur puissance sensible, leur impact émotionnel, émanent de la tension qui se manifeste entre le contenu mental, physique, psychologique, sentimental, et le langage formel volontairement allusif.

OEuvre militante

En reprenant une série de dessins réalisés entre 1945 et 1950, l’exposition montre clairement que pendant plus de 50 ans, l’artiste n’a pas dévié de son cheminement personnel, imposant une vision féminine de la famille, du travail, de la sexualité. En cet aspect, l’oeuvre est militante mais non revendicatrice, elle dit et montre autant les questions que les traumatismes, autant les pulsions intimes que la part d’inconscient, autant le corps humain que l’esprit. S’il est impossible ici de détailler l’exposition mais quelques données fondamentales, outre les pistes évoquées, peuvent ouvrir des orientations de lecture. Dans les dessins, notes souvent obsessionnelles, le rouge sang est associé au drame et à l’anxiété, à l’opposé du bleu paisible ; les installations réfèrent fréquemment à la maison présente dès 1945 dans la série "Femme Maison" ; quant aux pièces en tissus, elles évoquent le travail de la mère alors que les bois polis et peints, ses Personnages, comblèrent un vide, un manque de présence de proches, ressenti peu après son arrivée aux Etats-Unis, à New York, où elle vit aujourd’hui, toujours active alors qu’elle sera âgée de 96 ans le jour de la Noël.