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L’idée de l’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même.
Henri Bergson - Extrait de Essai sur les données immédiates de la conscience

L’idée de l’avenir (le sexe en 2050)

Sur les docks - France Culture - par Pierre Chevalier
Un documentaire d’Olivier Chaumelle et Jean-Philippe Navarre

La sexualité ! En voilà un sujet transdisciplinaire ! Elle intéresse le biologiste et le médecin, le sociologue et l’historien, le juriste trop curieux et même le théologien vicelard ; et tout le monde individuellement, y compris celles et ceux qui feignent de s’en désintéresser. Comment ferons-nous (où plutôt celles et ceux qui nous survivrons) l’amour dans cinquante ans ? Pour avoir une chance de proposer des hypothèses possibles en réponse à cette question, il faut la subordonner à quantité d’autres, qui seront de l’ordre de l’histoire sociale et politique à venir.

De quelle nature seront nos émotions ? L’acte sexuel finira-t-il par être totalement déconnecté de la procréation ? La virtualité envahira-t-elle nos plaisirs ? Certaines et certains d’entre nous se tourneront-ils vers des préférences que nous considérons aujourd’hui comme aberrantes, monstrueuses ou ridicules ?

Notre espèce est une des seules dont les pratiques sexuelles ne sont pas uniquement régies par les nécessités biologiques de la reproduction. Il en est ainsi depuis les origines, et selon des procédés variés, mais à peu près immuables. Ce qui a changé se tapit dans le détail, au fond. Les plaisirs sexuels ne sont pas des inventions d’avant-hier, et on peut même affirmer que ce que nous appelons perversions ou déviances sexuelles – qui sont autant de postes privilégiés d’observation des pratiques sexuelles – existent toutes depuis des millénaires, et qu’il n’y a pratiquement rien à inventer dans ce domaine. Ce qui change, c’est leur répartition dans la société, et la façon dont celle-ci les tolère.

La marche de la modernité est imprévisible et celle de l’Histoire aussi. Nos sexualités évolueront cependant conjointement avec ce que la société voudra bien tolérer ou encourager. La nécessité biologique de la reproduction occupe depuis longtemps déjà une place marginale dans le sujet, et des événements historiques éventuellement tragiques contribueront certainement à modifier nos pratiques du plaisir. Rappelons que dans les premières années de la révolution bolchevique, l’Union Soviétique a connu une libération sexuelle aussi étonnante qu’idéologique : la sexualité ordinaire était considérée comme petite-bourgeoise et réactionnaire. Bien sûr, un nouveau puritanisme s’est assez rapidement réinstallé, mais cette révolution-là, inattendue, a bel et bien eu lieu, et a laissé des traces profondes. L’Histoire que nous nous apprêtons à vivre nous réserve-t-elle, en plus de profonds changements sociologiques, de radicales modifications de notre façon d’appréhender les plaisirs du sexe ?

Avec :
Radu Clit, psychanalyste ;
Catherine Dufour, écrivain ;
Emmanuel Pierrat, avocat ;
Arnaud Martorell, psychiatre ;
John B. Root, producteur et réalisateur de films pornographiques ;
Peggy Sastre et Charles Müller, auteurs de Sexe machines.

Et les voix de Nathalie Duong et Stéphane Lindon.