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« Une femme écrivain, ce n’est pas une femme d’intérieur qui écrit,
mais quelqu’un dont toute l’existence est commandée par l’écriture.
Cette vie en vaut bien une autre.
Elle a ses raisons auxquelles il faut ne rien comprendre
pour la juger extravagante. »

Simone de Beauvoir La force des choses

Simone de Beauvoir

Le 9 janvier 2008, Simone de Beauvoir aurait eu 100 ans. Ecrivain, philosophe, mère du féminisme égalitaire, sa vie aura résonné tel un hymne à la liberté et à l’engagement

Introduction des vendredis de la philosophie par François Noudelmann - France culture

Lors de son succès à l’agrégation en même temps que Jean-Paul Sartre, on dit alors que c’était elle, Simone de Beauvoir, la plus philosophe. Mais l’histoire fameuse de leur couple a parfois masqué son apport théorique et son propre rôle dans la conception de l’existentialisme. De même la puissance philosophique du Deuxième sexe, ce livre qui a tant compté dans l’histoire du féminisme, a souvent été voilée par l’analyse sociologique. La pensée de Beauvoir implique pourtant une ontologie du sujet et une politique de la liberté qui ont marqué l’histoire de la philosophie. Le renouvellement actuel de la réflexion sur le genre et sur les modes de subjectivation sexuels témoigne de son importance au moment du centenaire de sa naissance.

Invités :
Huguette Bouchardeau écrivain et ancien ministre
Ingrid Galster Professeur à l’université de Paderborn
Madeleine Gobeil Ancienne directrice des arts à l’UNESCO, et auteure du film documentaire "Un portrait croisé de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre" (1967)
Michel Kail Professeur de philosophie
Julia Kristeva écrivain, psychanalyste et professeur à l’université de Paris VII

Huguette Bouchardeau

La voix de Simone

La voix de Simone & Jean-Paul

Julia Kristeva Le couple comme lieu de liberté

Julia Kristeva de Beauvoir aujourd’hui

Le mot de la fin

Livres à découvrir

Huguette Bouchardeau - Simone de Beauvoir : biographie Flammarion - octobre 2007
Simone de Beauvoir a marqué le XXe siècle, et singulièrement les femmes, par les livres qu’elle a écrits. Depuis l’adolescence, en effet, le désir d’être un « grand écrivain » a orienté sa vie. Mais elle est au moins aussi exemplaire par le couple qu’elle a formé avec Jean-Paul Sartre : couple amoureux, couple inventant de nouvelles formes familiales, morales et sociales, couple engagé dans l’histoire française et internationale, offrant l’image d’intellectuels impliqués dans les combats de l’époque.

En filigrane de cette union, on peut lire les efforts d’une jeune bourgeoise, celle des Mémoires d’une jeune fille rangée, pour échapper à l’étroitesse de son milieu et s’affranchir des tabous. Une personnalité qui vivait avec avidité ses passions : les voyages et les découvertes de toute sorte, les rencontres bien sûr mais aussi les livres, le cinéma, le théâtre, la peinture, et plus encore la musique dont elle était devenue avec Sartre une véritable « connaisseuse ». Tout ceci joint à une autre passion qui peut paraître contradictoire des précédentes, celle de tout maîtriser avec une rigueur absolue : le temps accordé à chacune et à chacun, les textes à comprendre et à retravailler, les budgets, le rythme des vacances... Ce dernier caractère (sa « schizophrénie », disait Sartre) lui donnant cet aspect un peu austère qui fut souvent interprété comme de la rigidité. Alors qu’elle sut être, de manière discrète, généreuse avec des inconnus, et adorée de ses amis.

Tout l’intérêt de cette biographie passionnante que propose Huguette Bouchardeau est justement de rendre sensible la complexité de l’auteur du Deuxième Sexe et des Mandarins, et d’approcher au plus près sa profonde humanité.
 4ème de couverture-


Ingrid Galster Beauvoir : dans tous ses états - Septembre 2007 - Tallandier
En janvier 2008, Simone de Beauvoir aurait eu cent ans. La philosophe engagée, la romancière, la mémorialiste fait figure d’enfant surdouée d’un siècle mouvementé, dont elle a marqué la deuxième moitié d’une profonde empreinte. Le Deuxième sexe, paru en 1949, fut le bréviaire féministe de deux générations ; dans Les Mandarins se sont retrouvés les intellectuels nés entre 1900 et 1920 ; les Mémoires d’une jeune fille rangée, suivies de La Force de l’âge, composent un portrait de femme où beaucoup se sont reconnues, ou rêvées. Mais Simone de Beauvoir, qui s’était faite avec son compagnon Sartre l’apôtre de la transparence, a-t-elle toujours dit toute la vérité sur elle-même ? Comment son oeuvre fut-elle reçue ? Quelle image laisse-t-elle d’elle-même, près de douze ans après sa mort ? La controverse demeure ouverte. Au moins faut-il la nourrir d’arguments fondés et vérifiés.

Ingrid Galster, qui a consacré l’essentiel de ses travaux aux personnes et à l’univers sartro-beauvoiriens, apporte en vingt chapitres qui sont autant de petits essais des éléments essentiels, parfois peu connus, sur l’itinéraire de Simone de Beauvoir, depuis ses années d’étudiante, sur lesquelles elle a recueilli des témoignages directs, jusqu’à sa destinée posthume, en passant par Radio-Vichy, où Beauvoir fut active, et par le féminisme dont elle fut la figure de proue. Il en ressort une femme d’envergure rendue à sa vérité, ne méritant ni l’hagiographie ni le dénigrement, possédant comme toute personnalité sa part de rayons et d’ombres.
 4ème de couverture-


Michel Kail Simone de Beauvoir philosophe - PUF - 2006
Dans l’introduction du Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir déclare que s’« il n’y a pas toujours eu des prolétaires : il y a toujours eu des femmes ; elles sont femmes par leur structure physiologique ; aussi loin que l’histoire remonte, elles ont toujours été subordonnées à l’homme : leur dépendance n’est pas la conséquence d’un événement ou d’un devenir, elle n’est pas arrivée ». La dépendance des femmes est une réalité qui n’est ni événementielle, ni devenue. Est-ce à dire que cette subordination doive s’interpréter comme un fait de nature ? Beauvoir ne se contente pas de rejeter cette idéologie naturaliste au nom d’un culturalisme bien-pensant, qui a besoin de la notion de « nature » pour détacher celle de « culture ». En prévenant que « pas plus que la réalité historique la nature n’est un donné immuable », elle dépasse cette dualité de la nature et de la culture, et forge de nouveaux outils conceptuels pour penser cet objet d’analyse inédit : « la dépendance des femmes qui n’est pas arrivée ». Les trois types de discours qui pourraient être convoqués pour mener à bien cette analyse, la biologie, la psychanalyse et le matérialisme historique, sont confrontés à leurs limites, qui les contraignent, quoi qu’ils en aient, à justifier l’oppression des femmes. Ils partagent la conviction que si quelque chose est, c’est arrivé, et qu’il suffit d’en rechercher les causes ou les raisons biologiques, symboliques ou historiques. Beauvoir se propose de rendre compte de l’oppression sans donner aucun gage à sa légitimation. Cette ambition philosophique inédite devrait lui valoir le titre de « grande philosophe », que seuls les préjugés dominants lui disputent encore.
 4ème de couverture-


Julia Kristeva Seule, une femme - Editions de l’Aube - Juin 2007
Recueil d’articles et d’entretiens autour de la question du féminin, à travers différents portraits de femmes remarquables.
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voir aussi la correspondance Amours "de Beauvoir & Sartre"