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« J’ai écrit parce que c’était la seule façon de parler en se taisant. »
Pascal Quignard

Pascal Quignard

voir aussi la correspondance (ph)fantasmes" Nos origines"
« La vie de chacun d’entre nous n’est pas une tentative d’aimer, elle est l’unique essai. »
Pascal Quignard

Pascal Quignard naît dans une famille de grammairiens et d’organistes. Son père est proviseur, sa mère principal de collège. Il grandit au Havre. À l’âge de 18 mois (1949), il passe par des périodes d’« autisme », lesquelles se renouvellent lorsqu’il a 16 ans. Plus tard, il déclare à ce propos : « Ce silence, c’est sans doute ce qui m’a décidé à écrire, à faire cette transaction : être dans le langage en me taisant ». Son enfance est difficile la plupart du temps. Il connaît notamment l’anorexie. Ses intérêts le portent vers les langues et littératures anciennes ainsi que la musique. Il s’essaie au piano, à l’orgue, au violoncelle, au violon et à l’alto.

Il suit des études de philosophie à Nanterre, de 1966 à 1968, où il est condisciple de Daniel Cohn-Bendit. Parmi ses professeurs : Emmanuel Levinas et Paul Ricœur. Il s’apprête à entamer une thèse sous la direction de Levinas, mais la révolte de Mai 68 contrarie cette voie : la pensée a « vêtu un uniforme qui ne [lui] convient plus » et il s’éloigne de la philosophie. C’est dans ce contexte qu’il travaille à ses premiers livres, et retrouve l’orgue familial d’Ancenis. Il est aussi libraire bouquiniste.

Son premier livre est un essai, consacré à Leopold von Sacher-Masoch (L’Être du balbutiement), qui lui vaut d’être remarqué par Louis-René des Forêts chez Gallimard qui l’incite à collaborer à sa revue L’Ephémère (qui accueille antre autres Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Michel Deguy, Philippe Jaccottet, Michel Leiris).

Publié en 1969 au Mercure de France, Quignard devient parallèlement lecteur dans cette maison et chez Gallimard. Il entrera au comité de lecture de ces éditions en 1976. Il publie plusieurs essais, sur Maurice Scève, Lycophron, Michel Deguy, un premier roman, Le lecteur, considéré par certains comme largement inspiré de la pensée de Maurice Blanchot, puis un second, Carus, qui reçoit le prix des Critiques en 1980.

Il publie alors, parallèlement à son œuvre chez Gallimard, divers textes pour de petits éditeurs, comme Le Collet de Buffle, Orange Export Ltd, Clivages, Éditions de l’Amitié, Claude Blaiozot, Chandeigne, Patrice Trigano, puis des éditeurs plus importants comme Fata Morgana ou P.O.L., Flohic etc.

Il publie deux forts romans chez Gallimard en 1986 (Le Salon du Wurtenberg) et 1989 (Les Escaliers de Chambord) qui le font connaître du grand public. Il devient alors secrétaire général pour le développement éditorial chez Gallimard.

La publication des huit volumes des Petits Traités aux éditions Maeght en 1990, réédités dans la collection Folio en 1991, dévoile l’étendue de ses lectures et semble consacrer son abandon à la littérature seule. Cette même année, il écrit le roman Tous les matins du monde, qui sera adapté au cinéma par Alain Corneau avec son film Tous les matins du monde avec Jean-Pierre Marielle et Gérard Depardieu, et dont il cosigne le scénario. Cette œuvre assoit la réputation de Quignard comme un des auteurs importants de l’époque. Il suscite de plus l’attrait du public pour les disques de Marin Marais.

Ce lien entre musique et littérature est aussi très palpable dans les fonctions de Quignard, qui est président du Festival international d’opéra et de théâtre baroque au château de Versailles, qu’il a créé sous la houlette de François Mitterrand. Il préside également le Concert des Nations aux côtés de Jordi Savall entre 1990 et 1993.

L’année 1994 marque une rupture dans la vie et l’œuvre de Quignard. Il renonce brutalement à toute position dans l’édition et décide de ne plus publier chez Gallimard. Il démissionne des éditions, puis abandonne toute carrière musicale. Il ne se consacre plus qu’à la littérature.

À la suite d’un accident cardiaque, Quignard est hospitalisé d’urgence en 1997. Cette expérience lui inspire Vie secrète, qui mêle la fiction, la théorie, le rêve, le conte, le journal intime, le roman, la poésie, le traité, l’essai, le fragment, l’aphorisme. Cette nouvelle forme littéraire, héritée à la fois des Tablettes de buis..., des Petits traités, de Rhétorique spéculative, oriente alors de manière décisive son œuvre (« en moi tous les genres sont tombés », dit-il).

Il écrit encore des romans (Terrasse à Rome, qui reçoit le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2000, Villa Amalia en 2006), mais il déclare avec insistance ne plus vouloir écrire que les différents volumes (peut-être vingt ou trente) de Dernier royaume, qui regroupe, recense, résume et recoupe tous les thèmes de son œuvre. Les trois premiers volumes sont publiés en 2002, deux autres suivent en 2005. Le premier volume reçoit le prix Goncourt, après d’âpres discussions ; sa récompense suscite quelques colères parmi les membres de l’académie.

Son œuvre est aujourd’hui considérée comme l’une des plus importantes. Elle a fait l’objet de plusieurs études, et notamment un colloque en 2004 à Cerisy-la-Salle (publié par Galilée en 2005), dirigé par Philippe Bonnefis et Dolorès Lyotard. On peut y lire des contributions de Philippe Forest, Pierre Lepape, Danielle Cohen-Levinas, Michel Deguy, Jean-Luc Nancy, Geoffrey Bennington et Chantal Lapeyre-Desmaison, qui a publié avec lui un long entretien aux éditions Flohic ainsi que la première lecture globale de son œuvre.

En 2005-2006, Quignard réédite chez Galilée l’ensemble des textes rares ou introuvables de son œuvre, plus quelques inédits, dans leur version revue, augmentée et définitive.

L’oeuvre

L’œuvre de Pascal Quignard est de celles dont il est impossible de rassembler des concepts en quelques lignes. Dans la lignée d’écrivains-penseurs, comme Maurice Blanchot, ou des auteurs exigeants comme Georges Bataille ou Emmanuel Levinas, mais aussi et paradoxalement d’auteurs rares ou moins prolixes, comme Louis-René des Forêts, Gérard Macé, peut-être Christian Bobin.

La permanence des thèmes, leur éventuel ressassement, empêche tout réel découpage de grands territoires en elle, d’autant que les distinctions entre genres, peu à peu, et depuis très tôt, « tombent » chez lui. Nous proposons alors quelques pistes, la revue de quelques thèmes fondamentaux et constamment présents en cette œuvre riche, déroutante et pourtant au plus profond des âmes, touchante.