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Daniel Cordier : "Les désordres du plaisir"

"Il y a bien des manières d’aborder les œuvres d’art. Du philosophe au marchand, du critique à l’historien, du conservateur à l’amateur. Chacun ajuste son regard qui n’exclut pas les autres. L’ensemble des objets réunis ici est l’effet du hasard. Ils n’ont d’autre lien que la jouissance d’un amateur et reflètent les désordres du plaisir. C’est dire le paradoxe d’exposer dans un musée ce qui lui est antagoniste : les classements de l’histoire sont niés au profit des caprices. Une institution exemplaire peut-elle accepter cette bombe à retardement qui bafoue son organisation et menace ses principes ? L’école buissonnière peut-elle triompher des rigueurs de l’histoire ? A vous de jouir…"

Daniel Cordier, 2007

Grand donateur des collections du musée national d’art moderne, Daniel Cordier est également l’un des membres fondateurs du Centre Georges Pompidou. C’est dire que son attachement au Centre ne s’est jamais démenti.

Après une première donation particulièrement abondante, mêlant des artistes majeurs tels Dubuffet, Brassaï ou Rauschenberg à des figures plus en marge de la "grande" histoire de l’art, Daniel Cordier a récemment choisi d’amplifier cet ensemble.

Se tournant vers des objets issus de sociétés non-occidentales ou encore des objets courants "de curiosité", il cherche, en les associant à des œuvres modernes et contemporaines, à effacer leur aspect fonctionnel. En s’intéressant à leur seul potentiel esthétique et imaginaire, Daniel Cordier leur donne une vitalité nouvelle, comme il l’exprimait déjà dans un texte à l’occasion de la présentation de ce nouvel ensemble exposé aux Abattoirs à Toulouse en 2007 :

"Mon goût des œuvres exotiques est né avec celui des œuvres d’art. J’ai choisi, d’abord, le plus évident : masques, fétiches, bakotas… Cet ensemble ornemental m’accompagna durant les années où je constituai ma collection d’art contemporain. Après ma donation, en 1989, je remplaçai, dans ma demeure, tableaux et sculptures par des objets d’un genre nouveau. Même si je conservais quelques témoins de mes premiers enthousiasmes (à titre de souvenir), ils avaient cessé de me surprendre.

[…] À quoi correspond le foisonnement dont je me suis entouré ? Parce que c’est avec mon corps que je teste les œuvres d’art, j’ai mis du temps à comprendre les raisons de mon attirance pour les objets quelconques. Avec le temps, j’ai découvert que ces formes élémentaires représentaient la structure originelle de mon goût. Toute ma vie, j’ai tenté de l’illustrer par ma quête éperdue des œuvres d’art.

J’ai d’abord cru que la réunion de ces objets formait une “section” de ma collection. Il n’en est rien. D’autant que je veux effacer leur origine ethnographique en faveur de leur qualité plastique. De ce point de vue, leur plein effet résulte de leur confrontation avec des œuvres contemporaines. Une confrontation intuitive et intelligente en révèle aujourd’hui la singularité. […]".

Daniel Cordier