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Désirs d’indiscrétions

Avant propos de Fred Lanzenberg.

Plusieurs années sont passées depuis la dernière exposition de Séroux. Lent mûrissement d’une œuvre. Un fait important, le passage de la peinture acrylique à l’huile avec laquelle il obtient de la profondeur, car tout le travail de Séroux est fait de nuances.

Cette œuvre que j’ai montrée à de nombreuses reprises, n’a cessé et continue de m’énerver, disons plutôt de m’interroger. Il y a déjà longtemps, regardant ses peintures à côté d’œuvres d’autres artistes, je m’étais surpris à formuler : D’entre tous, il était le seul peintre contemporain que j’exposais. Je laisse à chacun d’interpréter le sens que je pouvais donner à ce terme.

Qu’en est-il ?
Voyeurisme, indiscrétion, désir ?
Séroux nous offre des images claires, lisibles, sans repentirs, a priori réalistes. Mais tout est illusion.

Richard Lindner écrivait : "Tous les artistes sont des trompeurs."
Peut—être dans le sens où ils ont la capacité de nous troubler, de nous déstabiliser. Dans le cas de Séroux, lil ne faut pas s’arrêter à la première lecture. Nous ne nous bornons pas à regarder un tableau, il nous met dans la position de voyeurs. Dans ses mises en scènes ou mises en abîme, Séroux peint des personnages en arrêt (de dos le plus souvent) devant l’œuvre d’autres artistes. Le spectateur voit des personnes qui regardent un tableau dans lequel des personnes regardent… et ainsi de suite. Est-il, lui-même, devenu un Séroux ?

Dans d’autres tableaux antérieurs, Les mannequins dans les vitrines, habillés sinon dévoilés. Là, pas d’intermédiaires entre nous et la scène représentée, mais nous pouvons nous surprendre à regarder la scène à la dérobée. Si Séroux avait pris comme modèles des femmes dans les vitrines, l’effet n’aurait pas été autre. Ses mannequins sont plus vrais que nature, à tel point qu’il m’est arrivé d’entendre des remarques de visiteuses choquées, déplorant de voir des femmes sans tête, décapitées en quelque sorte, ce qui est souvent le cas dans de nombreux magasins. Le faux serait-il plus vrai ?

Les bouches qui se cherchent , s’offrent, les corps qui s’enlacent… Séroux a revisité l’Origine du monde, d’autres artistes l’ont fait avant lui. C’était trop tenant. Les corps emprisonnés d’Araki, les bouches carmin sur grand écran, rappel du Pop ou d’images publicitaires. Les écrans de télévision, les séquences de films, pas n’importe lesquelles, Catherine Deneuve, dans Belle de jour, par exemple…

Les images glacées des magazines de notre vie quotidienne ne nous transmettront jamais la sensualité qui émane de l’œuvre de Séroux par la magie de la peinture.

Dans les tableaux les plus récents qui donnent lieu à cette exposition, la rencontre avec Manet et la lecture que fait Séroux des deux tableaux du Musée de Tournai, point de départ de l’exposition : de Manet à Séroux. On pourrait sourire de voir ces deux noms accolés. Mais il ne s’agit pas d’une comparaison entre Séroux et le Maître.

Il se trouve que Séroux rejoint la vision de Manet. Il s’en explique fort bien sur son site (ci-joint) qui retrace l’exposition dans ce musée. S’ensuit une exploration des autres œuvres de Manet, tels le Déjeuner sur l’herbe qui fit scandale et correspond au voyeurisme de Séroux. Et il décline les œuvres du Maître en fragments, gros plans, cadrages quasi photographiques.