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la revue générale

SEROUX Du désir d’indiscrétions

Galerie Fred Lanzenberg 9 avenue des Klauwaerts, étangs d’Ixelles 1050 Bruxelles

Un visiteur de la galerie Fred Lanzenberg contemple un tableau de Séroux. Il se tient devant vous. Vous le voyez de dos. Vous le regardez, lui de dos, regardant l’œuvre. A votre insu vous êtes vous-même devenu un Séroux.

Le peintre en effet se plait à saisir des gens de dos tandis qu’ils regardent une œuvre, ils deviennent ainsi partie intégrante du tableau. Ce phénomène de poupée gigogne donne le vertige. Beaucoup d’artistes ont eu recours à ce procédé qui s’apparente davantage à une démarche intellectuelle qu’au geste pictural. Heureusement la peinture de Séroux suit l’idée.

Il organise des découpes, cadre des oeuvres de Manet, examine les nus avec une loupe d’entomologiste, campe des visiteurs de musée en jeans et leur donne la dégaine des personnages de l’hyperréalisme américain, il y a du Hopper dans ses clartés, dans ces tranches de vie immobiles et contemplatrices, oserais je dire que devant certains de ses personnages en attente j’ai parfois songé à Robert Guinand. Et aussi à la pièce de théâtre Musée Haut Musée Bas , de Jean-Michel Ribes qui s’amuse, mais depuis les planches, à observer des observateurs et à poser la question du rapport entre le public et l’oeuvre regardée..

Le voyeurisme n’est pas absent de cette démarche, on regarde ici l’origine du monde de Courbet, les passions humaines de Jef Lambeaux, d’autres inspirations comme L’empire des sens et aussi un bijou qui se cache au dernier étage de la galerie et qui montre un homme étendu à la Tate Gallery, il regarde en l’air, l’évènement a eu lieu, des gens se sont étendus sur le sol pour contempler le plafond, mais la toile de Séroux avait devancé l’histoire.

Tout est affaire de regard chez Séroux, les nôtres et ceux des autres, regards indiscrets, désirs d’indiscrétions, voyeurisme d’esthètes, vices ici impunis, à aller assouvir d’urgence aux cimaises de la galerie Lanzenberg du 24 avril au 30 mai.

Anne-Michèle Hamesse Avril 2009.