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ECLATS

é c l a t s

Voler en éclats, c’est aller là où rien n’y a plus de lieu assignable. Quelque chose advient dans cette rencontre entre ce qui est vu, et celle ou celui qui voit. Il transporte, nous fait accéder à un seuil que nous ne concevons ni n’entendons véritablement. Ce seuil est celui du possible, du dicible, du fini, de l’humain. Cette expérience du seuil, on la retrouve dans l’extase (du grec ekstasis), cette action d’être hors de soi, d’égarer son esprit.

Le sublime partage avec l’extase deux mouvements : d’abord une diminution de l’être, la perception est modifiée ; ensuite une élévation, l’être est transporté hors du monde sensible. Diminution, puis accession à une autre modalité de l’être.

L’extase instaure dans l’être une scission, récupère la notion de transport vers le haut, en en tirant les conséquences jusqu’au bout, jusqu’à faire de l’être, un être double, dans lequel intérieur et extérieur s’imbriquent et se répondent, et trouvent leur prolongement.

Dans l’extase, je suis moi et la part dissimulée en moi, si secrète qu’elle m’est étrangère, si proche qu’elle m’est intime. Cette étrangeté est propre à l’extase comme au sublime, elle touche fondamentalement à l’homme qui, saisi par le monde, se retourne sur lui-même, et s’y perd.

Mars 2011