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Chance fights ever on the side of the prudent. Euripides La chance ne combat jamais au côté du prudent. Euripide

Starting point, point de départ.


2001


Brussels, 13 years ago I moved into a new studio entirely dedicated to painting. At that time I frequently visited a warehouse store in Brussels where, several times a week, household effects of all kinds were being dropped from houses being emptied. Furniture, dishes, decorations of all sorts. A wonderful place where one could fall upon marvelous treasures and give them a second life.

One February late night, I am taken aback by a framed engraving in one of the boxes. I clearly recall recognising, without knowing why, something of the likes of Victorine Meurent’s gaze in the painting ’Le déjeuner sur l’herbe’ by Manet. Without hesitation I grab the frame, settle the bill with the cashier’s and hurry home to have a closer look with a magnifying glass.






Seated in the middle of the panel, facing right, seen almost from the back, a woman crosses her legs face turned towards the viewer. Both arms folded over her breasts, she tries to conceal her nudity with a veil that one of the men, placed behind her, is trying to remove. With his left hand the second man, to the right of the etching, is urging the woman to let go. The background on the right shows a moulded wall.

Two lines at the bottom : Lectissima Virgini Annae Roemer Visschers, illustri Batauia sijderi, multarum Artium peritissima, Poetices vero studio supra sexum celebri, rarum hoc Pudicitiae exemplar Petrus Paulus Rubenus L. M. D. D. Below to the left : P. P. Rubens pinxit To the right : Lucas Vorsterman sculp and below this : et excud A" 1620.
Finally, below the dedication, in one single line : Cum priuileaijs, Régis Christianissimi, Principum Belgarum & Ordinum Batauia.
This piece is a « Suzanne and the old men » by Rubens, one of the better engravings by Vorsterman, dated 1620.

A pure marvel !


2008


A couple of years later, Jean-Pierre De Rycke, Curator of the Museum of Fine Arts in Tournai (created by Victor Horta, main figure of the Art Nouveau mouvement in Belgium), allows me to build an exhibition. This wonderful museum’s collection contains two special Manets : "Argenteuil" an impressionist painting, made in 1874 "Chez le père Lathuille", 1879, painted shortly before his death.

The title of the exposition :
"De la coupe aux lèvres, ou du désir d’indiscrétions"
de Manet à Séroux


Intuitively I add the Rubens engraving to the expo,
in order to emphasise the gaze in Manet’s oeuvre.







Edouard Manet’s paintings of the Fine Arts Museum of Tournai have one particular thing in common : they invite the viewer to witness the desire of encounter between a woman and a man. Both paintings show ’her’ a little off whereas ’he’ approaches her from an angle. In view of this exposition I study the idea of attraction spurred by the gaze and make several paintings for this exhibit.




One of the exposition’s paintings : "De la coupe aux lèvres" 80/100 cm


2013


I travel to Australia, more precisely to Hobart, Tasmania, where I visit the MONA, containing David Walsh’ collection – and more particularly the exhibition ’Théatre du monde’ put together by the french curator Jean-Hubert Martin(1). This very trip sparks the desire to travel to Argentina and check out the local Art centres. While preparing that journey I find out that the collection of the Fine Arts Museum in Buenos Aires includes a painting by Manet, the ’Nymphe surprise’.






I was totally astounded. The ’Nymphe surprise’ was painted in the early 1860s ; Manet was 28 years old. He represented his partner Suzanne Leenhoff as a nymph. What is even more incredible is that in order to portray his wife, he refers to the attitude of Rubens’ Suzanne, inverting her position. Therefore, there is no doubt that Manet knew of the Rubens’ engraving !

He removed the two old men of the print but the gaze that Suzanne casts towards the viewer is very similar to the look he will use two years later in ’Le déjeuner sur l’herbe’ (initially named ’Le bain’ recalling the ’Nymphe surprise’ which is a bathing scene). In the composition of ’Le déjeuner sur l’herbe’ – for which the model is Victorine Meurent - Manet reinstates the two men with the woman, nude, adding a second woman in the background. Hence my initial intuition : the obvious link between the look of Rubens’ mythical ’Suzanne’, via the gaze of Suzanne Manet in the ’Nymphe surprise’, as well as the look in the panel ’Jugement de Paris’ of Raphael. Victorine Meurent’s renowned look in the ’Le déjeuner sur l’herbe’ is one of the most important gazes of western art history as well as of contemporary art in form as well as in meaning.

In addition to this, an clear connection emerged with my proper work : to paint desire - both in terms of what it stirs up in the heart of hearts as well as through the several forms it suggests, is indeed the inner-core of my sensibility.


2014


A strong yearning for a new exposition was born at the same time as the desire to visit the nymph Suzanne in Buenos Aires






Point de départ


2001


ll y a 13 ans, j’habite alors Bruxelles où je m’installe dans un nouvel atelier dédié à la peinture. Je fréquente à l’époque assidûment un dépôt-vente à Bruxelles où débarque plusieurs fois par semaine le contenu de maisons entières – mobilier – vaisselle – objets de décoration. C’était un lieu fabuleux où l’on pouvait parfois découvrir et sauver de la destruction des trésors de toute sorte.

Un soir de février, dans une caisse, je découvre une gravure encadrée qui me sidère. Je me rappelle fort bien y avoir vu sans savoir pourquoi quelque chose qui tenait du regard de Victorine Meurent dans le "Déjeuner sur l’herbe" de Manet. Je n’hésite pas une seconde, passe à la caisse hâtivement et rentre chez moi examiner la chose avec une loupe.






Assise au milieu de la planche, dirigée vers la droite, vue presque de dos, le visage tourné vers le spectateur, une femme croise les jambes. Des deux bras ramenés vers la poitrine, elle s’efforce de voiler sa nudité, à l’aide d’une draperie que l’un des hommes, placé derrière elle, veut lui arracher. L’autre homme, à la droite de l’estampe, fait de la main gauche un mouvement destiné à faire lâcher prise à la jeune femme. Le fond, à droite, est occupé par un mur dont l’angle est orné de bossages.

Dans le bas, deux lignes de texte :
Lectissima Virgini Annae Roemer Visschers, illustri Batauia sijderi, multarum Artium peritissima, Poetices vero studio supra sexum celebri, rarum hoc Pudicitiae exemplar Petrus Paulus Rubenus L. M. D. D.

Plus bas, à gauche : P. P. Rubens pinxit ;
A droite : Lucas Vovsterman sculp, et au-dessous : et excud A" 1620.
Enfin, sous la dédicace, en une seule ligne : Cum priuileaijs, Régis Christianissimi, Principum Belgarum & Ordinum Batauia.

Il s’agit de "Suzanne et les vieillards" de Rubens, l’une des plus belles réalisations du graveur Vorsterman datée de 1620.

Une vraie merveille.


2008


Quelques années plus tard, Jean-Pierre De Rycke, le conservateur du musée des Beaux Arts de Tournai me permet de monter une exposition,(le musée fut dessiné par Victor Horta, le père de l’Art Nouveau en Belgique). Ce musée magnifique conserve deux Manet exceptionnels :

- "Argenteuil" est un tableau impressionniste, réalisé en 1874

- "Chez le père Lathuille" 1879 réalisée peu avant sa mort.
L’exposition s’intitulera :

"De la coupe aux lèvres, ou du désir d’indiscrétions"
de Manet à Séroux


J’y accroche intuitivement la gravure de Rubens
pour figurer l’importance du regard chez Manet.





Les tableaux d’Edouard Manet du musée des beaux-arts de Tournai ont un point commun. Ils invitent les visiteurs à être les témoins indiscrets du désir de rencontre d’une femme et d’un homme. Dans ces deux toiles, "elle" apparaît un rien ailleurs alors que "lui" s’avance de biais. J’étudie et je réalise pour l’exposition quelques toiles autour de cette attirance que le regard suscite.





Une des toiles de l’exposition : "De la coupe aux lèvres" 80/100 cm


2013


Je me rends en Australie, plus précisément en Tasmanie à Hobart afin de visiter le MONA - la collection de David Walsh - et plus particulièrement l’exposition réalisée par le curateur français Jean Hubert Martin (1) "Le théâtre du monde". Ce voyage m’ouvre au désir de visiter l’Argentine et plus particulièrement les centres d’Arts. Et en préparant le voyage, je découvre l’existence à Buenos Aires de la "Nymphe Surprise" de Manet .






En fait de surprise, elle est totale pour moi : "La Nymphe surprise" est un tableau réalisé au début des années 1860 ; Manet a 28 ans. La compagne du peintre, Suzanne Leenhoff, y est figurée sous les traits d’une nymphe. Pour le portrait de sa femme Suzanne, Manet à repris inversé l’exacte attitude de la Suzanne de Rubens.






Il a supprimé les deux hommes de la gravure mais le regard lancé au spectateur par Suzanne sera le même qu’il reprendra deux ans plus tard dans "le déjeuner sur l’herbe" (initialement intitulé "le bain" ce qui indique la filiation avec "La Nymphe surprise" qui est une scène de bain) Le "déjeuner" a pour modèle Victorine Meurent. Manet réintégrera les deux hommes et une femme nue dans sa composition, en ajoutant une seconde silhouette de femme à l’arrière plan. Il y avait donc bien un fondement à mon intuition de départ : un lien entre entre le regard de la Suzanne mythique chez Rubens et par le passage de celui de Suzanne Manet dans la "Nymphe Surprise", et par un passage chez Raphael et son « jugement de Paris », le fameux regard de Victorine Meurent pour le "Déjeuner sur l’herbe", l’un des plus important de l’histoire de la peinture occidentale et de sa modernité tant dans sa forme que sur le fond.

De plus un lien avec mon travail se fit jour alors : peindre le désir à la fois par les formes que cela suscite et sur le fond de ce que cela remue était bien au coeur de ma sensibilité.


2014


Le désir d’une nouvelle exposition vient de naître avec celui d’aller voir Suzanne en nymphe à Buenos Aires. Départ pour trois mois.