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"L’arrogance de la philosophie occidentale dominante va de pair avec l’enseignement de la religion de l’universel, mais c’est un fantasme... " Michel Onfray

Michel Onfray

« L’individu est, au sens étymologique,
ce qui ne se morcelle pas ou plus quand on a tout morcelé. »

Michel Onfray

Envoyé dès son plus jeune âge à l’orphelinat religieux, alors que ses parents sont vivants, Michel Onfray reste médusé par le regard du père, à l’instar des plus grandes figures bibliques, ce qui influencera fortement son écriture.

Docteur en philosophie, le jeune homme enseigne d’abord en classe terminale au lycée technique de Caen. Il démissionne de l’Education nationale en 2002 pour créer l’université populaire de Caen, où il enseigne une ’contre-histoire de la philosophie’.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, il a comme projet la formulation d’une théorie de l’hédonisme à la fois éthique, comme en témoigne ’La Sculpture de soi’, esthétique, avec l’’Archéologie du présent’, politique, avec la ’Politique du rebelle’, et épistémologique, avec les ’Féeries anatomiques’. Il se propose ainsi de réconcilier l’homme avec son corps, et envisage la philosophie comme un art de vivre, permettant à l’homme de se débarrasser de ses illusions.

Lecteur de Freud, il prône une philosophie liée à la psychanalyse et se définit comme un ’freudo-marxiste’ ; admirateur de Nietzsche, il souhaite une révolte contre le conformisme et le dogmatisme ; enfin, affichant un athéisme sans concession, il considère que le christianisme est indéfendable. (source : evene)

Du corps Le corps, c’est ce qui reste quand toutes les idéologies ont disparu : idéologie chrétienne, marxiste, structuraliste... C’est l’irréductible, ce sur quoi on achoppe quand on a dénudé toutes les chimères sociales, politiques, culturelles. L’individu est, au sens étymologique, ce qui ne se morcelle pas ou plus quand on a tout morcelé. Il est donc ce sur quoi il faut bâtir une éthique, une esthétique, une bioéthique bien sûr, une politique, etc.

Du particulier L’universel n’existe pas, il n’existe que du particulier. Croyez-vous que la ‘Critique de la raison pure’, qui se propose de penser la raison humaine en dehors de l’histoire, rende compte du fonctionnement de la raison magique d’un Papou de Nouvelle-Guinée ? Que la ‘Déclaration des droits de l’homme’ soit valable dans la tribu des Indiens guayakis ? L’arrogance de la philosophie occidentale dominante va de pair avec l’enseignement de la religion de l’universel, mais c’est un fantasme... Montaigne qui, avec ses ‘Essais’, est sans cesse dans le particulier, a atteint ce qui me semble être le plus universel possible, car il donne le détail d’une odyssée de la conscience qui peut servir à autrui pour sa propre édification.

De l’hédonisme L’hédonisme n’existe pas en tant que tel, il faut le qualifier pour qu’il existe de manière singulière : or il est des hédonismes dont certains sont mes ennemis, ainsi l’hédonisme consumériste. Les hédonismes sont au moins, pour aller vite, de deux types : hédonisme de l’être, hédonisme de l’avoir. Le premier est d’ailleurs le remède au second. “Hédonisme de l’avoir”, le plaisir qu’il y a à consommer, acheter, posséder, s’inscrire dans une logique d’accumulation d’objets, de “choses” pour le dire dans l’acception d’un Georges Perec ; “hédonisme de l’être”, le plaisir de penser, de se construire, de l’édification intellectuelle et personnelle, le plaisir existentiel de se créer une vie philosophique totalement et radicalement indépendante de l’avoir : on a, c’est bien, on n’a pas, c’est bien aussi, on avait et on n’a plus, c’est encore et toujours bien. Ne pas être l’esclave de l’avoir, de la propriété, des choses, des objets, de l’argent, du pouvoir, des honneurs et des puissances sociales, hochets de l’avoir. Les ennemis de l’hédonisme, et il y en a, feignent d’assimiler l’un à l’autre. Epicure, philosophe pourceau, c’est une caricature vieille comme le monde philosophique...

Propos recueillis par Thomas Yadan pour Evene.fr - Novembre 2006