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"Au joug depuis longtemps, ils se sont façonnés ;
ils adorent la main qui les tient enchaînés."

Jean Racine - Extrait de Britannicus

Andromède


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"Les femmes se forgent à elles-mêmes
les chaînes dont l’homme ne souhaite pas les charger."

Simone de Beauvoir


"Le monde tout entier aspire à la liberté,
et pourtant chaque créature est amoureuse de ses chaînes.
Tel est le premier paradoxe et le noeud inextricable de notre nature."

Shrî Aurobindo - Extrait des Aperçus et pensées


La belle Andromède enchaînée à un rocher est menacée par un monstre envoyé par Poséidon pour ravager le pays. Heureusement, Persée, un jeune et fringant prince sur son cheval ailé, survient directement des nuages pour délivrer la jeune fille, dont il est tombé amoureux. Le monstre ? Tué de quatre coups d’épée.

Ainsi peut-on résumer l’une des Métamorphoses, du poète Ovide, qui ont marqué le plus les arts aux 15e et 16e siècles. Cette histoire d’Andromède, qui prend ses racines dans l’Antiquité, a en effet inspiré plusieurs créateurs de cette époque.

Partout en Europe, ce thème figure sur des tableaux, dans des pièces de théâtre, des drames musicaux (l’opéra n’existait pas à l’époque), des poèmes et bien d’autres oeuvres. Il y a même des récupérations politiques du mythe, le monstre personnalisant pour la France le protestantisme, et la princesse la foi catholique. Persée devient ainsi le roi. Ou inversement, en Angleterre...

Du mythe, on peut globalement retenir que l’on se trouve face à un tableau exposant une femme nue enchaînée à un rocher. Mais cette image est ambiguë : pourquoi cette mutilation ? Quelles sont les fautes de cette jeune femme ? Il s’avère en fait qu’il existe un stade du mythe plus primitif où le sacrifice est bien une punition.

Il semble qu’ Andromède est une figure de la déesse de l’amour Aphrodite, déesse sensuelle qui a pour ancêtre les déesses palestiniennes Ishtar ou Astarté. Ainsi la femme représente aussi le désir amoureux, sa nudité appelant l’homme à l’étreinte. De son côté, Persée trouve son équivalent dans le dieu du Soleil Marduck, accompagné de ses chevaux blancs. Il tue le monstre marin, appelé Tiamac ou Tiamat, mais celui-ci est en fait l’émanation maléfique de la femme, et Marduck attache cette dernière au rocher pour l’empêcher de nuire !!

On se trouve donc devant l’image étrange de l’éternel féminin tel que la femme est représentée par l’imagination masculine : la beauté charnelle impudiquement étalée s’oppose au danger pour l’homme-héros de se laisser tenter par la douceur du mariage.

Source du commentaire : Pr. P. Brunel, Dictionnaire des Mythes Littéraires, , Ed. du Rocher, 1988.