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"Vous portez contre moi
une sentence avec peut-être plus de crainte
que moi qui la reçois."

Giordano Bruno, 9 février 1600

Giordano Bruno

2000 ans d’histoire - France inter

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Le 9 février 1600, le philosophe italien Giordano Bruno était condamné pour hérésie par le tribunal de l’inquisition. Livré au bras séculier il allait être brulé vif 8 jours plus tard sur la place Campo dei Fiori de Rome.

Ce jour là, au moment où il montait sur le bucher, la langue entravée par un mors de bois, il détourna les yeux du crucifix qu’on lui tendait et leva la tête vers le ciel. Comme pour montrer à ses juges l’univers qu’il avait été le premier à découvrir. Un univers infini qui allait bien au-delà des limites du ciel représenté depuis des siècles sur les astrolabes du Moyen Age, et dont, Galilée, grâce aux premières lunettes astronomiques confirmera la réalité, dix ans après le supplice de Giordano Bruno.

« Le Christ ? Un séducteur.
La virginité de Marie ? Une aberration.
La messe ? Un blasphème.
La bible ? Un tissu de mensonges.
Les théologiens ? Des pédants qui ‘‘froncent le sourcil’’ pour se donner l’air important.
Les philosophes ? Des pédagogues ignorants aveuglés par le culte des idéologies, (…) tous des ‘‘ânes bâtés’’ qui passent leur vie à gâcher tous les arguments qui leur viennent aux lèvres (…) pendant que lui, ‘‘intrépide chevalier errant du Savoir’’, part en guerre contre les fausses certitudes… Non, les femmes ne sont pas moins intelligentes que les hommes. Non, les gens d’église ne devraient pas jouir de si grands biens mais se contenter d’un peu de bouillon ; non, les Espagnols n’ont pas bien fait de découvrir l’Amérique, car ils ont ‘‘violé la vie d’autrui’’

Bruno défend avec vigueur la thèse copernicienne de l’héliocentrisme publiées en 1543. Il détruit les limites trop étroites dans lesquelles la religion chrétienne enfermait l’univers et va même au-delà en affirmant l’existence d’une infinité de mondes habités.

Il eut le courage de maintenir sa vision d’un cosmos infini malgré les interrogatoires et la torture, ce qui fit de lui le symbole de la pensée laïque contre le dogmatisme de l’Inquisition.

Giordano Bruno publie ses idées en 1584, en italien et en latin, dans un ouvrage intitulé :

‘‘De l’infini, de l’univers et des mondes’’. « Persévère, cher Filoteo, persévère ; ne te décourage pas et ne recule pas parce qu’avec le secours de multiples machinations et artifices le grand et solennel sénat de la sotte ignorance menace et tente de détruire ta divine entreprise et ton grandiose travail. (…)
Et parce que dans la pensée de tout un chacun se trouve une certaine sainteté naturelle, sise dans le haut tribunal de l’intellect qui exerce le jugement du bien et du mal, de la lumière et des ténèbres, il adviendra que des réflexions particulières de chacun naîtront pour ton procès des témoins et des défenseurs très fidèles et intègres. (…)
Fais-nous encore connaître ce qu’est vraiment le ciel, ce que sont vraiment les planètes et tous les astres ; comment les mondes infinis sont distincts les uns des autres ; comment un tel effet infini n’est pas impossible mais nécessaire ; comment un tel effet infini convient à la cause infinie ; quelle est la vraie substance, matière, acte et efficience du tout ; comment toutes les choses sensibles et composées sont formées des mêmes principes et éléments.
Apporte nous la connaissance de l’univers infini. Déchire les surfaces concaves et convexes qui terminent au dedans et au dehors tant d’éléments et de cieux. Jette le ridicule sur les orbes déférents et les étoiles fixes. Brise et jette à terre, dans le grondement et le tourbillon de tes arguments vigoureux, ce que le peuple aveugle considère comme les murailles adamantines du premier mobile et du dernier convexe. Que soit détruite la position centrale accordée en propre et uniquement à cette Terre. Supprime la vulgaire croyance en la quintessence. Donne-nous la science de l’équivalence de la composition de notre astre et monde avec celle de tous les astres et mondes que nous pouvons voir. Qu’avec ses phases successives et ordonnées, chacun des grands et spacieux mondes infinis nourrisse équitablement d’autres mondes infinis de moindre importance. Annule les moteurs extrinsèques, en même temps que les limites de ces cieux. Ouvre nous la porte par laquelle nous voyons que cet astre ne diffère pas des autres. Montre que la consistance des autres mondes dans l’éther est pareille à celle de celui-ci. Fais clairement entendre que le mouvement de tous provient de l’âme intérieure, afin qu’à la lumière d’une telle contemplation, nous progressions à pas plus sûrs dans la connaissance de la nature. »

Fais-nous encore connaître ce qu’est vraiment le ciel, ce que sont vraiment les planètes et tous les astres ; comment les mondes infinis sont distincts les uns des autres ; comment un tel effet infini n’est pas impossible mais nécessaire ; comment un tel effet infini convient à la cause infinie ; quelle est la vraie substance, matière, acte et efficience du tout ; comment toutes les choses sensibles et composées sont formées des mêmes principes et éléments.

Apporte nous la connaissance de l’univers infini. Déchire les surfaces concaves et convexes qui terminent au dedans et au dehors tant d’éléments et de cieux. Jette le ridicule sur les orbes déférents et les étoiles fixes. Brise et jette à terre, dans le grondement et le tourbillon de tes arguments vigoureux, ce que le peuple aveugle considère comme les murailles adamantines du premier mobile et du dernier convexe.

Que soit détruite la position centrale accordée en propre et uniquement à cette Terre. Supprime la vulgaire croyance en la quintessence. Donne-nous la science de l’équivalence de la composition de notre astre et monde avec celle de tous les astres et mondes que nous pouvons voir. Qu’avec ses phases successives et ordonnées, chacun des grands et spacieux mondes infinis nourrisse équitablement d’autres mondes infinis de moindre importance. Annule les moteurs extrinsèques, en même temps que les limites de ces cieux. Ouvre nous la porte par laquelle nous voyons que cet astre ne diffère pas des autres. Montre que la consistance des autres mondes dans l’éther est pareille à celle de celui-ci. Fais clairement entendre que le mouvement de tous provient de l’âme intérieure, afin qu’à la lumière d’une telle contemplation, nous progressions à pas plus sûrs dans la connaissance de la nature. »

De l’infini, de l’univers et des mondes